L’eau et le sable

Deux heures dix. Dehors, le déluge.verre d'eau et bulles2

– Évidemment tu n’dors pas. Tu penses encore à leur chicane, hein biquette?

Ouais, c’était plutôt orageux comme climat pour des amies. La foudre a frappé fort ce coup-ci.

– Des enfants gâtées ces deux-là. Tant mieux si elles rompent leur amitié… on aura la paix.

Ce n’est surtout pas le moment de prendre cette décision. Faut laisser le sable se déposer au fond du verre.

– Je de quoi?

Leur esprit est troublé par des perturbateurs. 

– Toi ton esprit est intoxiqué au patchouli bouddhiste ma pauvre.

C’est tellement simple en théorie Guy. Tout part de l’esprit, le bon et le moins bon…

– Le fou et la folle.

À l’état calme, notre esprit est un verre d’eau. Limpide, on y découvre clairement la nature de notre entourage, on y comprend nos pensées. Les perturbateurs sont comme le sable que tu verserais dans ton eau. La jalousie, la malveillance, la rancune, l’impatience, l’orgueil causent un tourbillon et l’eau devient trouble, opaque… impossible de discerner quoi que ce soit. Ton esprit est agité. Ton eau est embrouillée, ta lecture du monde et de tes sentiments s’en trouve faussée. Et ça génère encore plus d’anxiété qui elle-même entretient le remous vaseux qui t’empêche de voir clair.

– On parle bien d’une tempête dans une tête d’eau ici?

Mais on peut apprendre à contrôler son esprit, à l’apaiser. Avec des mots, des gestes, un peu d’effort et d’attention. Demeurer attentif aux signes perturbateurs et réagir volontairement à l’encontre de cet élan. Féliciter plutôt que médire. Encourager plutôt qu’envier. Se réjouir du succès de l’autre afin que cette joie nous habite et entraîne spontanément un sourire intérieur. Le bon sentiment que tu entretiens envers le monde qui t’entoure, c’est en toi qu’il continue de résonner. C’est ta propre lumière qui s’en trouve rehaussée.

– Alors c’est foutu pour tes deux poivronnes. Elles ont le verre d’eau plutôt sablonneux.

C’est jamais foutu. Dès le retour au calme, le sable se dépose tout naturellement au fond du verre, l’eau redevient translucide, les pensées claires. C’est la seule façon.

– De boire de l’eau potable?

De comprendre sa vérité. Avec un esprit libéré de tout perturbateur. La jalousie par exemple, ne révèle aucun sentiment réel mais plutôt un inconfort en soi. Aucune décision saine ne peut jaillir d’un tel état d’esprit. Alors faut laisser passer… attendre que le sable se dépose au fond du verre pour distinguer la vraie saveur de nos sentiments.

– Et si l’eau claire révèle que c’est la fin du show pour les bouffonnes?

Eh bien, elles pourront pleurer un vrai chagrin d’amitié.

– Et c’est positif parce que…

Parce que c’est la vérité. Faut savoir ce qu’on pleure si on veut le digérer. 

– Le digérer puis l’évacuer?

Exactement… comme les autres fonctions naturelles, un état calme nettoie l’esprit de toutes ses impuretés afin de ressentir l’émotion dépouillée. Et un vrai chagrin ne dure jamais aussi longtemps qu’une blessure d’orgueil.

– Les impuretés… incluant….

Ouep. Incluant les hamsters Guy.

– Mais… je…

Tes jours sont comptés mon raton. À moins que t’apprennes à nager dans mon verre d’eau.

***

« Votre pire ennemi ne peut pas vous blesser autant que vos pensées. Mais une fois maîtrisées, personne ne vous aidera autant que vos pensées ». ~ Bouddhasable4

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4 réflexions sur “L’eau et le sable

  1. Joli texte. J’espère que les gens s’attarderont à bien s’imprégner du dire du Bouddha. Il y a des océans de sagesse, et de solutions, dans ces quelques mots. Le fleuve des pensées coule de manière continue, charriant les bonnes comme les houleuses. Peut-être qu’on peut apprendre à ne plus être affecté par les pensées de façon aussi frontale. Aller s’asseoir sur la rive au lieu de demeurer au milieu du fleuve. Et accepter que les pertes sont aussi un fait naturel de la vie. En amitié comme ailleurs. Je ne sais pas, je n’ai pas terminé le cours de gourou.

    Il me semble qu’une crise qui ne se résous pas complètement, c’est souvent un cadeau. Qui laisse un espace nouveau. Vous savez, cet adage bouddhiste: « Un bol n’est utile que s’il est vide ». Votre anecdote ouvre la fenêtre à des encyclopédies de discussions possibles sur ce problème crucial qu’est l’état dynamique du sable dans l’eau de l’âme humaine.

    Et puis il y a le temps. Ça a beau être un cliché, c’est vrai qu’il arrange bien les choses. Je ne sais plus qui disait: « À la fin, tout est bien. Si ce n’est pas bien, c’est que ce n’est pas la fin ». Ne vous en faites pas trop pour vos amies. Sin on était pas bousculé de temps en temps, la vie serait moins intéressante.

    En attendant la fin de ce qui perturbe, il y a les petits cadeaux du quotidien. Saviez-vous que les gros raisins rouges sans pépins du Pérou sont arrivés ? C’est quand même pas rien ça.

    Les petits drames ou bonheurs de nos vies sont des pas d’une immense et majestueuse danse.

    Allez Maestro ! Musique !

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    1. « À la fin, tout est bien. Si ce n’est pas bien, c’est que ce n’est pas la fin. » E-xac-te-ment. Merci pour cette nourriture de l’âme que sont vos commentaires, votre lumière toujours intelligemment injectée dans le tourbillon de mes élucubrations nocturnes. Merci Zouk.

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