La théorie de la chemise

1 heure du matin. Insomnie de café latte.

  • Théorie chemise - Copie - CopieAlors ma biche?

Alors quoi?

  • Tu vas te décider à plonger oui ou zut?

Je suis confortable au bord de la piscine, merci.

  • Faudra bien que t’avances un peu non? Que t’apprennes à le connaître un poil plus loin ce type si tu veux…

Si je veux…?

  • Que ça fonctionne nom d’une ratte! Que ça dure plus longtemps qu’une saison.

Ah bon et tu crois, du haut de ton bulbe rachidien, que c’est en étudiant l’autre que je remplis notre réservoir de gaz pour tous les hivers à venir?

  • Ça et une augmentation mammaire, oui.

Pauvre raton binaire.

  • Dit-elle seule dans son grand lit froid.

Tu sais qui je dois apprendre à connaître si je veux donner une chance à n’importe quelle histoire ?

  • Un bon chirurgien plastique?

Moi.

  • Toi toi! Encore toi toujours toi.

C’est vrai pour tout le monde.

  • Mais pour toi c’est juste plus dramatique, hein? Ça mérite qu’on en parle.

J’ai pas envie d’un placard rempli de chemises sales.

  • Je me ravise : avant la chirurgie, ça prend la psy.

Se connaître ç’est long. Ça demande du vécu, de l’action et du calme, ça suppose que le corps et la tête savent parler au coeur sans ego dans le chemin. Ça prend du temps.

  • Du vin.

Avant de s’attarder aux mauvais plis de l’autre, c’est en soi qu’il faut trouver les nœuds qui bloquent la route, qui l’empêchent de s’allonger.

  • Des nœuds… et quoi encore.

Toujours plus facile de changer de chemise que de se laver.

  • Nœuds et taches tenaces… de la poésie de buandière.

Une nouvelle chemise c’est du bonheur instantané, surtout quand l’ajustement semble sur-mesure.

  • Oh attention au sur-mesure! Ça ne laisse pas de place pour grossir.

Mais sans hygiène personnelle, la crasse finit toujours par se manifester, même sous ta magnifique chemise.

  • Alors?

Alors quand les odeurs commencent à déranger, t’as deux choix.

  • Le patchouli ou la drogue?

Tu te laves ou tu changes de chemise.

  • Si rapidement?

Tout dépend du niveau de tolérance de l’autre aux effluves malsains. Y’en a qui s’la jouent lavandière universelle et pensent réussir à décrotter tout ce qui pue.

  • Ça peut empester longtemps dis-donc.

Jusqu’au jour où t’en as assez de changer de chemise. Alors tu t’attaques aux odeurs, à la saleté qui encrasse ton cœur et pollue tes amours.

  • « Passez votre amour à la machine »*…

Ça se fait à grands coups de silence et de respirations…de levers et couchers de soleils… tout ça face à soi. Et les larmes qui coulent, ça décrasse.

  • Une fois que t’es propre, tu fais quoi?

Tu restes propre. Du coup même seul, même nu, t’es bien. Tu sens bon, tout le temps. L’idée d’une nouvelle chemise n’a plus le même attrait.

  • Et bonjour la vie d’ermite solitaire qui s’auto-renifle le samedi soir!

Disons qu’une fois que ta lessive est faite, tu ne veux surtout pas devenir la nouvelle chemise propre d’un autre.

  • Et tu les reconnais comment les trafiquants d’odeurs?

Facile. Z’ont le placard de linge sale qui déborde. Et ça mon Guy, c’est leur boulot, pas le tien. Dans la vie, tu veux des tiroirs qui ferment juste.

***

«Prends pour te connaître
Le temps qu’il faudra…
Rien qu’à te connaître
Tu voyageras » (Gilles Vigneault)Labyrinth de prière

 *paroles tirées de la chanson « L’amour à la machine » d’Alain Souchon
Derrière le paravent – Toile d’Auguste Émile Bellet (détail; 1894) 
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