La cathédrale

3 heures 20. Nuit qui s’annonce blanche, comme chaque fois qu’il y a un avion à prendre au petit matin. Comme chaque fois, cette urgence de dire l’essentiel avant de survoler les nuages.cathédrale_de_Laon2

Mon enfant,

la vie c’est des saisons qui défilent à températures variables. Tu verras les ciels se succéder. Sois assuré que tout passe puis revient. Les jours de plage comme les orages.

Nourris ta curiosité. Découvrir c’est grandir.

Ne crains jamais de naviguer sous des ciels inconnus. Les papillons au ventre sont de bons compagnons de voyage.

Tu croiseras plusieurs visages sur ta route, en aimeras certains. C’est le cœur surtout, qu’il faudra pénétrer.
Sache que l’on comprend mieux une personne en regardant ses amis autant que ses ennemis. Choisis-les bien, ils en disent beaucoup sur toi.

Tu goûteras au sucré des baisers, au salé des larmes et à l’amertume de la déception.
Tout cela est normal.

L’important, c’est d’être une cathédrale à l’intérieur.
C’est elle qui assure. Qui te permet de vivre sous différents climats en restant debout, en ayant le courage de la vérité.

Ta cathédrale, celle que l’on bâtit ensemble chaque fois que je te demande de me faire confiance même si tu as peur. Quand je te dis t’es capable et si tu te trompes, c’est signe que t’apprends. Quand je t’aime si fort que je dois parfois te dire non.

C’est long bâtir une cathédrale. Ça prend toute une vie et une équipe où chacun pose sa pierre.
N’oublie jamais qu’elle est là, même sur le chantier, honore-la.

Tu vas te faire barrouetter par moments dans cette fête qu’est ton existence.
Ça arrive.

Sois une cathédrale. Du roc sur lequel tes larmes peuvent couler librement, où tes chagrins finiront par se briser pour que résonnent en ses murs tous les Alléluia de ton chant.

Les chiens aboient, la cathédrale tient bon.

Vis, aime, tombe parfois, deviens, chante, observe, ris fort, parcours, joue, enjambe, donne souvent, étudie, doute, pardonne, embrasse, persiste, existe et jouis sans retenue, sans barricade ni masque.

À l’extérieur ça tourbillonne, ça tempête, se bouscule, se déchaîne et avance.
À l’intérieur, une cathédrale.

Souviens-toi que le vent va se lever autour de toi sans que tu puisses en contrôler le souffle. Tu n’as rien à craindre.
N’hésite pas à offrir le gîte sous ton ogive.

Sache aussi que la Peur ne disparaît pas en grandissant… quand on a une cathédrale, on s’y réfugie le temps d’une longue respiration et puis on continue, manches retroussées, cœur libre et corps volontaire.

Mais tu n’auras jamais peur du temps qui passe.
Parce qu’une cathédrale se fortifie avec les années, les erreurs.
Et ça laisse entrer les rayons du soleil.
Et ça attire les visiteurs. 

Qu’il neige, grêle, que les vaches soient maigres ou grasses, les rencontres heureuses ou trompeuses, elle traverse les époques et s’ennoblit.

Protège, entretiens et habite-la.
Tu as tout ce qu’il faut pour écrire ton histoire, laisser ta marque dans les cœurs comme dans la pierre.

Et si tu fermes les yeux, bien assis dans le silence de ta cathédrale, tu entendras ma voix te rappeler le pouvoir du poulet rôti pour guérir les bleus de l’âme, surtout le dimanche soir.

Crois-moi, tu as vraiment tout ce qu’il faut.

***

« Quiconque porte dans le coeur une cathédrale à bâtir, est déjà vainqueur. La victoire est fruit de l’amour». (Antoine de Saint-Exupéry ~ Terre des hommes, 1938).Rosace_cathedrale_strasbourg Photos: Cathédrale de Laon (auteur: Provence13) 
Rosace de Notre-Dame-de-Strasbourg.
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9 réflexions sur “La cathédrale

  1. Comme ton enfant est privilégié de recevoir en héritage une cathédrale intérieure qu’il pourra à son tour léguer à ses enfants, ses petits-enfants… !
    Les bâtisseurs de cathédrale ont-ils soupçonné que dans les pierres qu’ils taillaient et alignaient en de vertigineuses croisées d’ogives, ils y enfermaient aussi leur âme dans laquelle nous pouvons toujours puiser élégance, force et beauté?
    Merci de nous faire ce cadeau si inspirant.

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  2. Vous me Jules Vernisez à chaque fois.
    La cathédrale, au fond, il n’y a que ça. Tout le reste en est un reflet. Bâtie à coup de s’aimer et faire confiance. À coup d’être étourdi par la vastitude de la continuelle déferlante beauté de la vie. De la Vie. Cette ampleur mérite majuscule.
    Et l’Amour.
    Tant, que même saboté à répétition, il en revient sans cesse. Je le sais, j’ai essayé.
    L’Amour. La Beauté. On s’y noie.
    L’éternité n’aura jamais fait mieux que maintenant.
    S’agit de Voir.
    Et vous. Votre manière de dire.
    Vous me Victor Hugosez à chaque fois.

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