La brochette du bonheur

1h12. Ça tourne et cogite fort au grenier.

brochetteSors de ma tête, sors de ma tête, sors de…

–         Oh mais crache ton idée, qu’on en finisse avec ce tournicoti de sottises.

Ça va me rendre folle, Guy.

–         Opération complétée.

Tous nos problèmes gravitent inévitablement autour de trois pôles. La tête…

–         Cruche vide.

Le cœur…

–         Parle pour les filles.

et le corps.

–         Le cul, ouais.

Guy !

–         Tu te censures la nonne ?

Nos tracas, nos réflexions et dilemmes relèvent tous d’un tiraillement entre ces trois forces, comme trois caporaux qui nous dirigent. Avec des règles parfois trop rigides, parfois trop peu.

–         À chacun son capo ma poule. Laisse tomber, on passe à autre chose.

Nan. Écoute, la tête permet de comprendre. Le cœur de choisir. Et le corps, de ressentir, de découvrir autrement. Équilibre parfait. Facile, non ? Mais tout dépend de son capo intérieur. Il peut gâcher une vie l’abruti.

–         Toujours la faute des autres…et quand ils n’existent pas, on les invente.

Selon le caporal auquel on obéit…on se met à choisir avec la tête.

–         Où est le mal ?

C’est pas un mal. Mais c’est une manière un peu désincarnée d’avancer, de faire des choix. Si la tête décide, le cœur fait quoi ?

–         Et si le cœur décide et que la tête n’y comprend rien ?

Ben voilà ! La tête n’a pas besoin de tout comprendre du premier coup. C’est là sa force, tant qu’elle travaille en équipe. Elle finit toujours par décoder, c’est sa nature, elle est construite pour ça…mais ne doit pas chercher à comprendre sur le champ.

–         C’est vraiment toi qui dis ça ?

Elle doit laisser le cœur prendre la décision. Il ne réfléchit pas, ne se pose pas de questions…se met à tambouriner, c’est sa nature à lui. Mais arrive le moment où il a besoin de la tête…besoin qu’elle lui explique pourquoi il s’est emballé comme çà. Seule la tête saura lui dire…mais plus tard. Et le cœur doit écouter. Arrive ce moment où la tête prend le relai. Là elle comprend, elle voit… si le cœur a bien choisi ou pas.

–         Et le cul ?

Le corps…bien plus qu’un caporal, c’est une armée en soi. Idéalement il suit le cœur, mais parfois il vassalise les régiments cœur et tête au grand complet et c’est le putsch. Il prend toutes les décisions.

–         Caporal Frisson aux commandes.

Il faut quelque fois le laisser faire… chercher le plaisir, le confort, c’est sa nature. C’est pas complètement farfelu de lui permettre de tenir le volant, le temps d’une ballade impromptue sous les étoiles. La tête doit apprendre à fermer les yeux un moment. Ça permet de ressentir autre chose qu’un pouls contre une tempe. Parce que le corps est le siège de l’expérience, tu sauras. Alors faut le laisser en accumuler…encaisser. Le cœur lui, n’a aucune mémoire. Il peut répéter les mêmes bêtises mille fois. C’est le corps qui se souvient. Sa voix est aussi importante que celle de la tête.

–         Le pouvoir de la chair fraîche.

Mais c’est un pouvoir de courte durée, comme une armée sans ravitaillement. Quand le corps dirige seul trop longtemps, le cœur se barricade et la tête se vide. Rien de plus triste qu’un corps abandonné à lui-même.

–         L’après tremblement de corps.

Et puis, il a besoin des deux autres pour bien vieillir…ce sont eux qui lui permettront de briller longtemps… de l’intérieur…parce que la lumière du cœur ne vieillit pas. La tête est là pour lui rappeler. Ça semble pourtant si simple.

–         Alors pourquoi pas ?

Parce que ces trois caporaux sont passés maîtres des rendez-vous manqués.

–         Oh le cliché.

Imagine… le cœur choisit. Et boum et boum le tambour et bam et bam les pulsations galopantes. Puis arrive le moment où la tête doit se prononcer.

–         Tête, à vous la parole !

Mais elle ne se pointe pas. Trop occupée à régenter les départements des autres. Alors le cœur, sans la voix de la raison pour cautionner ou invalider son choix, continue à faire ce qu’il sait faire…battre…choisir… se donner, se laisser prendre…mais sans la tête qui suit, ça devient…

–         N’importe quoi.

Exactement. D’autres fois la tête muselle le cœur et c’est le corps qui ne suit pas.

–         Quand la tête s’emballe, le cul détale.

Le travail d’équipe Guy, c’est ça le secret.

–         Trois capos en accord de libre-échange.

Une gouvernance tricéphale. La tête, le cœur et le corps…alignés sur un même rail…le tambour de l’un imbriqué dans le plaisir de l’autre, nimbés de la lumière que seule la Vérité dégage. Le cœur, on l’écoute; la tête on la consulte et le corps, on l’habite. Ça prend les trois Guy. Ça prend les trois.

–         Tête-cœur-cul main dans la main !

C’est la brochette du bonheur. Quand nos trois caporaux sont contents.

–         La Grasse Trinité.

Le Triumvirat de l’amour.

–         Le trident euphorique.

Les capos cardinaux.

–         Et elle se pointe souvent, la brochette du bonheur ?

Régulièrement.

–         Vraiment ?

Au cinéma…alors ça dure habituellement deux heures.

***

«Moi mes couilles sont têtes en l’air et ont un cœur d’artichaut
Et quand mon cœur perd la tête, mes couilles restent bien au chaud
Et si ma tête part en couilles, pour mon cœur c’est la défaite »
(Ma tête, Mon cœur ~ Grand Corps Malade)
un homme une femme3(Photo: Un homme et une femme. Film de Claude Lelouch, 1966).

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3 réflexions sur “La brochette du bonheur

  1. La sainte trinité en équilibre sur la corde raide. L’idée c’est qu’elles se tiennent l’une à l’autre mais sachent lâcher prise pour ne pas tomber…
    Le trio McHominu pas d’ketchup
    Toujours un plaisir de te lire.
    E

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