Langue patrie

Riviere_Moisie_1880Forgée de quartz
Cuivre et granite
Précieuse comme minerais en nos sols
Lame d’acier avant d’être trempé
Encore maniable
Aussi dense que forêt boréale 
Fluctuante et fuyante
Comme rivière Moisie à chaperonner
 
Ma langue
 
Mon français
Belle nourrice
Pays d’hivernement
Parlure rafistolée avec des boutures d’Acadie
Des mailles de Jean Talon
Raboudinées aux chaînons d’Amherst
Tu me loges et me fixes
Paroles de terroir
Régies par monarchie d’épinettes
Assistées d’éloises souveraines
 
Tu rapailles les hommes
Fais voyager les souliers
Et donnes mémoire aux bouleaux
 
Tes mots
Sucrés comme tarte à la farlouche
Lorsque basculés d’un cœur amouraché
Tes harangues de droiture
Puissantes et intrépides
Dans la bouche des draveurs d’idées
Les vrais
Qui naviguent en eaux débâclées
Sur digue d’infortune
Sans chuter dans la vase sombre
Des cracheurs de verbes
 
Mon français
Maison familiale
Tu mérites protection
Rénovations
Car je te veux accueillant
 
Gardien de notre histoire
Royaume promis à cette jeunesse
Pleine de jarnigoine
De fierté
Nouvelle génération colorée
Malgré sa mèche parfois écourtichée
C’est encore sous ta flamme
Qu’elle demande à verdoyer
 
Péninsule de sermons
Trop souvent enfirouapée
Par des vendeurs d’avenir sans parole
Je t’aime
Comme cadeau à offrir
Et recevoir
 
Même écharognée
Je te garderai
Te soignerai
Pour te voir libre
Langue hospitalière
Pétrie d’endurance
Vagabonde mais fidèle à la terre
Comme les bernaches qui s’épivardent
Dans le barachois de Malbaie
Après un long
Très long hiver
 
***
« On n’habite pas un pays, on habite une langue ».  ~ Emil Michel Cioran Barachois Malbaie
 
Publicités

7 réflexions sur “Langue patrie

  1. Quel plaisir de saisir ce câble jeté au-dessus de l’Atlantique. D’où tenez-vous tous ces frissons ? Vous vous y êtes déjà baigné ? Jarnigoine… c’était le patois de grand-parents de parents, et encore fallait-il qu’ils soient Gaspésiens. Ce sont les souliers de Leclerc qui ont beaucoup voyagé aux pieds des Miron rapaillés ? Il sent le vieux bouleau tombé dans une baie du Saguenay, votre texte. Le saumon de la Moisie confirme de la nageoire. Elle est grande notre Maison. La cuisine est Française. Le plat boudoir mène à l’Afrique. Et tout au fond une petite pièce, un plancher d’humus où poussent les bleuets, un feu et de l’espace. Quand vous voudrez. Un châle pour vos épaules, et, bien sûr, un morceau de tarte à la farlouche. Merci.

    J'aime

  2. Comment as-tu pu t’imprégner de si belle parlure, toi la moderne citadine?
    Tes racines s’abreuvent aux mots du terroir jaillissant en douces coulées aux couleurs ambrées de l’amour.
    Quel texte important en ces temps de frilosité et de questionnement identitaire!
    Bel hommage aux chantres de notre pays!
    Je t’embrasse avec grande émotion.

    J'aime

  3. Ceux de la rivière Mingan ? G.V. bien sûr. Ah ce que la Mariouche était belle…
    Votre talent mérite plus que la blogosphère. Je vous menace de bouderie solide si jamais vous publiez sans me le dire. En attendant peut-être, pour le plaisir d’entendre ce que les mots peuvent cuire à partir d’une farine comme votre accent et d’une épice comme le mien: Thomas Hellman chante Roland Giguère. Tendrement, Z.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s