La théorie du cercle chromatique

4h30. Nuit blanche.

cercle chro

–          Allez, t’as pas répondu.

J’sais plus, Guy. Ça fait des heures qu’on cherche.

–          Encore un effort, biquette. Faut trouver LA qualité, celle qui est non-négociable en amour.

C’est différent pour tout le monde, j’imagine.

–          L’humour, l’écoute, la patience?

L’humour c’est important.

–          Non- négociable ?

J’dirais pas ça… et j’aime pas ton non-négociable… tout se négocie quand on aime.

–          Même la confiance ?

Mwoui…non… ça dépend… j’sais pas…

–          Qu’est-ce qui est plus important que la confiance ?

Hmm…

–          C’est primordial ?

Je dirais oui.

–          Confiance en soi ou en l’autre ?

Aaah, des questions, des questions, toujours des questions…

–          C’est comme ça biquette. Le jour où y’aura plus de questions, y’aura plus de vie.

Oui mais une vie sans sommeil, ça me donne quoi?

–          Alors, confiance en soi ?

Non, c’est pas ça.

–          Confiance en l’autre?

Mieux, c’est la confiance en la paire. Oui, c’est ça ! Croire au Nous plus fort qu’on croit au Je ou au Tu. Oh j’aime ça…

–          Je savais que tu aimais mes questions.

Mais oui… seuls, nous sommes tous faillibles. Quand on arrive à faire éclore une relation, celle-ci devient vie, entité. C’est en cet univers nouveau qui n’est ni tout à fait soi, ni tout à fait l’autre, qu’il faut mettre sa foi. C’est le couple qui doit être l’objet d’une confiance aveugle, pas les amoureux qui le composent.  Sinon, c’est trop lourd à porter pour un seul être toute cette confiance, trop flou aussi dans sa définition.

–          J’comprends rien… confiance du Nous, ça veut rien dire.

Ça veut dire… faire confiance au Vert.

–          La je de quoi?

La théorie du cercle chromatique. Oh Guy, c’est trop fort !

–          Le je de me que ?

Écoute. À la base, tu as les couleurs primaires. Ça, c’est nous les humains. Y’a les rouges, les jaunes et les bleus.

–          Primaires… bonne définition des humains.

Lorsqu’on mélange deux couleurs primaires à parts égales, on obtient une couleur secondaire. C’est la relation. Tu me suis ?

–          Nenni.

Mais oui, c’est tellement évident. Ça prend une part égale de chacun pour créer une couleur secondaire. Moi je suis Bleu, lui est Jaune. Ensemble, on crée le Vert. Et c’est en ce Vert que nous devons mettre toute notre confiance.

–          这是中国人,我不明白。

C’est cette nouvelle couleur qui donne un sens à l’étreinte des deux autres. Le Vert, il ne peut exister sans les couleurs primaires que nous sommes. Tu comprends ?Si le Vert verdoie, c’est que le Bleu et le Jaune s’aiment comme il faut et le nourrissent.

–          Attends Picasso-la-jaquette, ça tient pas ton truc. Tu dis tout le temps qu’il faut savoir nourrir le soi, le moi, le je avant de se « tourner vers l’autre ».

Mais justement ! C’est la beauté de la théorie. Pour que le Vert soit vert, il faut que le Bleu soit bleu et que le Jaune…

–          Soit jaune, on a deviné. C’est pas de la scission nucléaire ton truc.

Alors ? Je fais quoi moi, en tant que Bleu ? Hein ? Je fais quoi ?

–          Pitié.

Je fais tout pour que mon Bleu soit vif, intense, lumineux, mais surtout… authentique. Le meilleur bleu possible. Parce que je sais que ça prend du vrai bleu pour faire du vert. Pas violet, ni pourpre, ni aubergine. Bleu. Et le Jaune de son côté, même combat. Mais je n’ai aucun contrôle sur sa couleur…lui seul peut la pigmenter. Au mieux, je peux l’inspirer. Mais même au meilleur de mon Bleu, si le Jaune ne s’enjaunit pas assez… le Vert ne suivra pas.

–          Je vais saigner du rouge.

Tu vois comme tout s’harmonise ? Être fidèle à sa vraie couleur, la maintenir bien vive… et faire confiance à la fresque qui en découle comme étant l’expression la plus authentique de notre amour.

–          Attends encore Frida-la-folle. Tu parles de confiance, d’assurance. Or, tu dis toujours que le doute est bon, le doute est sain…tu te contredis dans tes pinceaux poulette.

Pas en amour. Le doute est la rouille de l’âme. Si on le laisse s’installer, il va faire son chemin. Prendre tout l’espace.

–          Ben, c’est une couleur ça… rouille.

Nan. En amour, un doute, c’est une accusation*. Faut pas. Mieux vaut raviver le feu sous la couleur si on la sent pâlir… on verra bien si elle se ranimera. Mais faut pas ouvrir la porte au doute. C’est comme ouvrir la porte au noir. C’est l’absence de couleur.

–          Parlant de noir, regarde… le soleil se lève. La nuit est terminée.

Le temps passe vite quand on règle les problèmes de l’univers.

–          Bon matin ma palette coquette.

Bon matin Guy. M’en vais mettre du pigment dans ma mine aujourd’hui.

….

«Plus je deviens laid, vieux, méchant, malade et pauvre, et plus je cherche à réparer mon échec en rendant mes couleurs éclatantes, rayonnantes. » ~Vincent Van GoghLe semeur

(* « En amour, qui doute accuse » ~ Alexandre Dumas)

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3 réflexions sur “La théorie du cercle chromatique

  1. Enfin un article billet pour les graphistes, et avec une théorie spectrale qu’on ne m’avais jamais enseignée! Encore de la belle prose, même si j’étais persuadé que tu étais d’une couleur chaude.

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