Histoire de cloisons

Petite neige qui fait la nuit toute blanche. 1h11.Hepburn

–         1h11 poulette, fais un vœu !

Il faut 4 chiffres semblables pour faire un vœu, Guy. Pas trois.

–         Essaie quand même, on ne sait jamais. 1h11…trois fois 1… c’est un signe !

Signe que je dois arrêter de croire en ces bêtises, surtout la nuit.

–         Je sais ce que tu vas souhaiter… ne plus jamais connaître de peine d’amour.

Jamais de la vie.

–         Le bonheur à perpétuité.

Misère…tout ce temps qu’on passe ensemble et tu me connais si mal.

–         Je te connais. Tu es une naïve qui se prend pour les personnages féminins des fichues comédies romantiques qui finissent toujours avec la fille qui saute dans les bras du zouf qui la fait tourner dans les airs…whouaa… mal de tête…

Justement. La peine d’amour a sa place dans le tableau. Faut avoir souffert un brin pour apprécier tourner dans les airs comme ça.

–         C’est ça oui. Souffrir comme au cinéma… avec un éclairage avantageux.

Y’a vraiment de la beauté là-dedans, de la poésie même. Souffrir c’est signe qu’on est vivant, qu’on a aimé… c’est pas une souffrance vaine. Comme dans la chanson..

–         Ah non, pas encore.

“Night has always pushed up day
You must know life to see decay”

–         Tu nous fais saigner du nez avec tes chansons en anglais.

Une peine d’amour, c’est une bataille gagnée contre les cœurs cloisonnés.

–         Une peine d’amour, c’est une bataille gagnée pour les marchands de vin.

Apprivoiser l’orage, l’accueillir même, sachant qu’il laissera derrière lui des odeurs de campagne après la pluie.

–         Ça dépend où frappe la foudre…ça peut aussi sentir le roussi.

S’accrocher au mat durant la tempête, s’y agripper très fort en attendant que ça passe, en sachant que ça passe toujours.

–         Comme une pierre au rein.

“I look up
On my knees and out of luck
I
 look up »

         Y’a aussi la possibilité d’un vrai naufrage.

Faut pas le craindre. Quand tu rejoins le club des naufragés de l’amour, tu sais que tu as accompli quelque chose de difficile.

–         Boire, pleurer et parler au téléphone en même temps ?

Tu as réussi à décloisonner ton cœur. À faire tomber les barricades, les défenses échafaudées depuis tant d’années à grands coups de peurs et de complexes.

–         Bon, la démolition cardiaque.

On pioche sur notre muraille intérieure jusqu’à ce qu’on ressente la chaleur traverser…enfin.

–         Et si ça ne réchauffe pas ?

Si c’est pas de la chaleur qui se rend au cœur, ce sera autre chose. Mais pour le savoir, faut qu’il se laisse toucher, qu’il se déshabille un peu quand même.

–         Un cœur effeuilleur.

Aimer sans déclôturer son cœur, c’est comme apprendre à nager sur la terre ferme.

–         C’est pratique pour les frileux.

Exactement. Il n’y a que les courageux qui peuvent connaître une peine d’amour.

–         Et c’est positif parce que…?

Parce qu’on devient membre en règle des cœurs décloisonnés. Donc authentiques. Peur de rien. Ni du bon ni du mauvais… ou du temps qu’il faut pour retrouver le goût d’aimer. C’est comme la recette du grilled-cheese, ça ne se perd jamais.

–         Ça se perd.

Oh que non mon raton. Faut laisser le temps aux ecchymoses de disparaître. Puis arrive le moment où…

–         Y’a plus de vin !

Où l’amour cesse de faire mal. Et c’est pas juste moi qui le dis…y’a d’la guérison dans les chansons tu sais…

«And there will come a time you’ll see,
with no more tears.
And love will not break your heart,
But dismiss your fears.”

(After the storm ~ Mumford and sons.)

(Photo tirée du film « Breakfast at Tiffany’s)

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2 réflexions sur “Histoire de cloisons

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