2 ans plus tard… du sommeil et des idées

–         Déjà deux ans, ma poule. Faut fêter ça.

Je sais.

–         Alors?

Alors quoi?

–         Qu’est-ce que t’as à dire?

Sais pas.

 –         Ah bon. Madame jacasse toutes les nuits sur le chemin de la vie, du je-veux-être-quelqu’un, du pourquoi, comment, avec-qui-et-avec-quoi-dans-l’assiette mais quand arrive le temps de souligner un anniversaire, c’est l’heure de la carpe.

Ben quoi, j’ai rien à dire. Ça arrive.

–         Oh que non ça n’arrive pas. J’vais t’en trouver des trucs à dire, moi.

Tu sais, des fois le silence…

–         Laisse-faire le silence! C’est pas le temps. Là, c’est l’anniversaire du Journal. Faut trouver quelque chose d’intelligent à dire. D’inspirant. Touchant et drôle à la fois.

Suis fatiguée. On pourrait pas fêter en dormant? Ça ferait différent.

–         NON! Au boulot ciboulot! Trouve quelque chose.

Je n’ai rien à dire, Guy. Je ne vais tout de même pas déterrer de vieux lieux communs…? Merci la vie…oh la belle éclaircie après la tempête…non mais, qu’il est beau mon chemin, qu’elle est belle ma route…patience mes amis, courage et vin rouge, tout passe… C’est ça que je dois dire? Encore?

–         C’est vrai que c’est nul. Trouve autre chose.

Mais je te dis que le silence est parfois nourrissant. Comme une prière. Y’a des trucs qu’on vit sans mots, tu sais.

–         Dans les monastères, oui. Dans la vraie vie, faut mettre des mots sur tout, tout le temps, même sur le silence. C’est l’ère des communications biquette. Allez, fais-toi une place dans l’arène. Moins t’en a à dire, plus tu parles fort et souvent, dac’?

J’pourrais partager une jolie chanson plutôt…

–         Mais t’es un fossile, ma vieille! Plus personne n’écoute de chanson au complet aujourd’hui.

J’pourrais dire simplement merci.

–         À qui?

Ben, à ceux qui me lisent depuis 2 ans.

–         Y’ sont trois à te lire ma poule, incluant ta mère alors laisse-faire les discours pour les trophées que tu gagnes dans tes rêves.

Mais je suis vraiment reconnaissante.

–         On s’en fout. Essaie plutôt de prendre position sur un enjeu social. C’est plus sexy.

Hein? Comme quoi?

–         Misère, c’est moi qui fait tout le boulot dans cette chambre! La politique, tiens. T’en penses quoi?

J’en pense que j’y pense pas souvent mais je pense surtout que les politiciens pensent encore moins souvent à moi que je pense à eux.

–         Pauvre enfant… bon, on laisse tomber la politique. Le mariage gai. T’as une position?

Tous les mariages devraient être gais. Ça favorise la diversité de positions…justement.

–         Un peu de sérieux, p’tite tête. Et les enfants-rois, quelle plaie sociale, non? Ton opinion?

Y’a pas d’enfants-rois. Que des parents bouffons.

–         Et l’environnement? Tu recycles?

Mes souvenirs, oui. J’en fabrique de nouveaux à partir de vielles erreurs récupérées et transformées en expérience. Oh c’est fort ça… j’devrais me l’imprimer sur un t-shirt.

–         Pitoyable. Faut te trouver quelque chose à dire. Tes commentaires sur la liberté d’expression, la censure conservatrice? On fait quoi avec ça? Démarque-toi, nom d’une ratte! Rugis tes idées, avec vernis à ongles et rouge aux lèvres! On va t’écouter, tu vas voir.

La parole aux livres.  Muselière aux hamsters et autres longues queues qui empêchent de dormir.

–         Ça devient désolant tout ça… Et la reconstruction d’Haïti, tu y penses?

Tous les jours.

–         Très bien. Et tu fais quoi?

Ben, j’viens de te le dire. J’y pense.

–         Mais encore? Donne ta vision du problème… allez, ç’est une bonne piste, ça. Tu t’impliques comment?

En y pensant.

–         Essaies d’être intelligente une minute, ok?

Penser, c’est déjà pas mal, tu sauras.

–         Désespérant.

Dans la vie y’a ceux qui réfléchissent sans agir et y’a ceux qui attrapent l’herpès génital. Je préfère de loin appartenir au premier groupe.

–         Tu dégénères.

C’est ça. Moi aussi je t’aime.

–         T’as effectivement rien à dire.

Guy?

–         Quoi encore?

Joyeux anniversaire… et merci pour ces deux années… mais tu sais que le temps viendra où je devrai dormir…

–         Dors ma poule… juste un peu…cadeau pour ce soir.

Je risque d’y prendre goût au sommeil.

–         Pas si on te trouve des idées…

Zzzzzzzzzz………

****
« Souvent, au lieu de penser, on se fait des idées.» Louis Scutenaire.

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14 réflexions sur “2 ans plus tard… du sommeil et des idées

  1. Merci…pour tes mots, sensible à l’air comme la feuille bercée par l’hiver, pour ce silence maintenu, à te lire, au delà de tes nuits, au coeur de mes jours, depuis, déjà…

    Gabriel

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  2. Tant que tes insomnies provoqueront l’éveil, je serai là pour les savourer. Pour un couche-tard incurable, quoi de plus rassurant de savoir que quelqu’un veille et transforme la nuit en poèmes? Tu as prouvé que, dans la vie, il y a des âmes-sœurs et des hamsters. Bonnes nuits!

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  3. Toi l’ami dont jamais je ne saurai le nom
    Toi mon frère inconnu, toi ma soeur anonyme
    Toi qui vis dans le noir, toi l’obscur compagnon,
    Toi pour qui tant de fois j’ai retourné ma rime
    Toi qui es là ce soir, qui entends ma chanson
    Toi-même qui jamais ne l’entendras peut-être
    Qu’importe, mais toi, dont je ne sais rien, sinon
    Que nous vivrons tous deux sans jamais nous connaître.

    La vie a ses façons de nous départager
    J’aimerais bien parfois te raconter des choses
    Comme on le fait le soir quand on est fatigué
    Quand on a sa journée, qu’on a le coeur morose
    Nous pourrions simplement nous asseoir et jaser
    En écoutant Félix ou Mozart ou Coltrane
    Ma femme vers minuit t’offrirait du café
    La veillée serait longue et courte la semaine.

    C’est à notre amitié que je chante aujourd’hui
    C’est au vin que jamais nous ne boirons ensemble
    Je chante à l’impossible et j’en pleure à demi
    Mais sache au moins ce soir combien je te ressemble.
    Mais sache au moins ce soir tout ce qui nous unit
    Sache que nous faisons un peu le même ouvrage
    Et qu’à tout prendre au fond, malgré tout ce qu’on vit
    Pareilles sont nos joies, pareilles sont nos rages.

    Mais que tombent ce soir nos murs et nos parois
    Et que pour un moment le cours du temps s’arrête
    Ce soir c’est notre fête, allez tu viens chez moi
    C’est le temps de fumer toutes nos cigarettes
    Je veux te dire au moins que je marche avec toi
    Et que tu n’es pas seul malgré tant de silence
    Que par-dessus les mers, les villes et les toits
    Se rejoignent nos mains à force d’espérance.

    -Sylvain Lelièvre

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  4. Bon Anniversaire-reuh
    Mes voeux les plus sincères-reuh…

    Votre blog est un de mes petits bonheurs. Les matins où vos messages accompagnent mon premier café, c’est comme si, pensant n’avoir rien de valable pour me sustenter au matin, je découvre au frigo qu’il me reste quelques tranches de mon pain aux raisins favori.

    Merci et longue vie donc !

    PS- À quand la mise ensemble de toutes ces photos partielles de vous, en buée ou plongée, roses ou jaunes… qui accompagnent vos messages ? Y’a un thème intéressant là.

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    1. Mon cher Zouk’,
      je suis ravie d’être votre pain aux raisins favori. C’est un beau compliment que vous me faites là. N’est pas pain aux raisins qui veut…
      Merci donc.
      Quant aux photos… voyons don’… ce sont des photos d’une top model suédoise.. pas de moi…me semble c’est évident…
      🙂
      Bonnes toasts!

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