Les habits neufs

1h12. Vent fou qui fait trembler les vitres et les os.

Ma destinée est entre les mains du vent ce soir.

–         Tu crois au destin, p’tite tête? C’est quoi ce concept?

Le destin? Ben c’est ton chemin, ce que la vie te réserve. Non mais tu entends ce vent?

–         Ce qui arrive sans que tu choisisses?

Hmm… tu as quand même une certaine liberté de choix. Tout ce qui t’arrive n’est pas nécessairement le destin. Brrr… ce vent.

–         Comment on fait la différence?

Quand t’es fier de toi, tu te dis que t’as bien choisi. Quand c’est la chiasse qui tombe, c’est le destin.

–         Je vois, vous avez le destin sélectif.

Compliqué. Mais il existe sûrement une puissance extérieure à la volonté humaine.

–         Donc tu crois au destin.

Pas certaine. Je ne sais pas trop si cette puissance régit vraiment l’univers et fixe les événements de façon irrévocable. Je persiste à croire à la notion de choix.

–         Ce vent, par exemple…

Oui, il me fout la trouille.

–         Tu choisis donc de ne pas exercer ta liberté de choix, de contrôle sur ta peur et de laisser le symbole du vent régir ton état du moment.

T’as encore lu mes magazines?

–         Tu es inconséquente. 

Tu ne comprends rien, Guy. En fait, le destin c’est un peu comme des vêtements que l’on porte.

–         La théorie de la chemise.

On a toujours plusieurs options de vêtements mais faut quand même faire avec le corps qu’on traîne. On ne peut tout porter. Alors on choisit ou pas de s’adapter à ce qui nous sied, à ce qui semble confortable.

–         Choisir entre une vie de nuisette ou de salopette.

Si t’aimes pas le sentiment que te procure le pantalon, eh bien tu portes le short, c’est tout. En principe, t’as le choix. Or, y’a des gens qui passent leur vie dans un mauvais pantalon.

–         Y’a pas de mauvais pantalon, poulette. Que des mauvaises braguettes.

D’autres portent des vêtements trop grands. Ils flottent, perdus dans leurs fringues mais semblent adaptés à cet état. Ou ne veulent pas comprendre qu’il existe des morceaux mieux ajustés mais faut chercher ailleurs. 

–         Magasiner son destin, bien sûr.

D’autres en portent des trop petits.

–         Ça craque de partout?

Et ça limite les mouvements d’avancée.

–         Belle parabole Coco Chanel.

Y’a aussi ceux qui s’en foutent. Qui portent ce qu’ils veulent sans se soucier de l’ajustement. Ces gens ne croient pas au pouvoir de l’habit. C’est un choix en soi.

–         Des sans foi ni bas?

Et puis ceux qui changent de style tous les jours en pensant justement échapper à une forme de destin.

–         Et ça fonctionne?

J’en sais rien. Faudrait passer une vie dans leurs vêtements pour savoir. Et puis, ceux qui traînent leurs vieux habits et refusent toute forme de changement.

–         Et alors?

Alors ça finit par sentir le renfermé.

–         C’est une forme de loyauté au passé, non?

Possible. Mais tout s’use avec le temps… à part peut-être le cœur… et encore. Faut être prêt à renouveler son stock de souvenirs des fois.

–         Tu ne me parles plus du vent.

Il vient d’être remplacé dans mon tiroir d’angoisse par autre chose.

–         Quoi encore?

Un vêtement que je ne veux jamais porter.

–         La camisole de force? Trop tard.

Les fringues d’un autre. Je porterai les miennes, du sur mesure en plus. J’arriverai bien à comprendre un jour comment ça se porte une vie, comment ça s’entretient pour la conserver belle et douce longtemps. Mais c’est moi qui choisis les accessoires. Je ne veux jamais me retrouver avec le foulard d’un autre autour du cou.

–         Ouf… t’as visiblement déjà porté des vêtements trop serrés qui ont gêné l’oxygénation de ta cervelle, ma brindille.

Sûrement… c’est ce qui arrive après une poussée de croissance.

***
« Entre une femme qui est convaincue d’être unique, et les femmes qui ont revêtu le linceul de l’universelle destinée féminine, il n’y a pas de conciliation possible. » Milan Kundera (La valse aux adieux).
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5 réflexions sur “Les habits neufs

  1. … et il y a ceux et celles qui portent du XXL, pour couvrir leur grand coeur.

    Le destin ? Combien de liberté de choix en effet. Pas moyen de décider de quoi que ce soit dans le simple processus de digestion d’une pomme. Un peu quand même. Je dirais que sur le dessin qu’on fait chacun(e) sur le Canevas de l’Inévitable, on choisit quand même les couleurs…

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  2. Love me, love me, love me, love me,
    say you do
    Let me fly away with you
    For my love is like the wind,
    and wild is the wind
    Wild is the wind

    Give me more than one caress
    satisfy this hungriness
    Let the wind blow through your heart
    Oh wild is the wind, wild is the wind

    You touch me, I hear the sound of mandolins
    You kiss me
    With your kiss my life begins
    You’re spring to me, all things to me
    Don’t you know you’re life, itself!

    Like the leaf clings to the tree,
    Oh, my darling, cling to me
    For we’re like creatures of the wind,
    and wild is the wind
    Wild is the wind
    Wild is the wind
    Wild is the wind
    wild is the wind

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