Un bouton à la fois

3h15. Grosse pleine lune flamboyante. Il fait presque clair dans cette insomnie.Non mais t’as vu la lune Guy? Lumineuse présidente de l’osbcurité et copine des étoiles.  

–         Calme-toi, ménestrel de l’ombre. C’est juste la lune, la même qu’hier. 

Majesté du ciel. Elle irradie la nuit, grandiose et détachée du reste des astres. Oui, c’est ça le secret.

–         Quoi?

Savoir se détacher.  Pour mieux briller, comme la lune.

–         Compliqué.

Ça se fait. Un bouton à la fois.

–         Ouf, tu l’as cherchée longtemps cette image?

Le premier bouton fait mal. C’est la coupure initiale, le début des symptômes de sevrage.

–         Une désintox?

Rien de moins. Faut être patient. Attendre que les tremblements s’espacent, que le vertige diminue avant de passer au deuxième bouton.

–         Et?

Celui-là donne la force de se changer les idées. Lire, aller au cinoche, écouter Fred Pellerin en boucle, prendre un bain chaud et même sourire un peu. Mais les tremblements ne sont jamais loin.

–         C’est Fred Pellerin qui te fait trembler, ma p’tite feuille morte?

Laisse Fred tranquille.

–         Fred? Fredou?

Tsss. Le prochain bouton, si tu veux savoir…

–         Non.

… on le détache et il déclenche une mer de questions.

–         Et ça donne quoi?

Des fois ça permet de mieux comprendre le chemin qu’on a sous les pieds.

–         Et d’autres fois?

D’autres fois, toutes ces questions ne donnent rien de bon sinon que prolonger le désert entre deux boutons.

–       La reine du drame.

Tu ne comprends pas Guy. L’amour peut vraiment faire mal.

–         Tant pis pour vous. Z’avez qu’à vous accoupler à l’instinct, ça réglerait bien des trucs.

Le prochain c’est le bouton des illusions. Tu le détaches et d’un coup, t’as la certitude que t’aurais pu modifier le cours de ton Histoire, que tu peux encore le faire, que t’as changé, qu’il a changé, que quand on veut on peut, que l’essentiel est invisible pour les yeux et tu déballes ton dictionnaire des citations comme un pique-nique quotidien.

–         Et tu cogites la nuit sur des solutions à des problèmes qui n’existent plus en pleurnichant sous la lune?

Ouais, quelque chose du genre. Et puis tu réalises que tu fais tout ça pour rien. Que les citations, la pensée magique, ça change que dalle à la situation. Découragée, tu détaches le prochain bouton. Et celui là, il te fait pleurer de vraies larmes. Celles qui coulent pour les bonnes raisons.

–         Enfin, finies les citations!

Ensuite ça va mieux. Comme t’as déjà quelques boutons défaits, tu recommences à sentir l’air sur ta peau.

–         Et t’as froid alors tu rattaches?

Surtout pas, parce que les boutons qui suivent se défont plus facilement. Tu te couches un soir en pensant que t’as traversé une journée complète sans émotions négatives. Et hop un bouton! Puis arrive un après-midi de courses au marché où tu souhaites qu’il soit heureux en achetant les mangues qu’il aimait tant. Et hop un autre!

–         C’est pourtant pas le temps des mangues.

Et voilà que le bonheur il le trouve, sans toi. Et en pleine insomnie, les yeux au plafond et les oreilles qui bourdonnent à cause d’un foutu hamster…

–         Présent.

… tu réalises que tu n’es pas envieuse. Que ça n’enlève rien à la chaleur des rayons de soleil quand tu te couches dans l’herbe.

–         Ok on abrège les leçons du dalaï-lama. Le dernier bouton?

Le dernier… tu te retrouves peau nue, frissonnante. Et…

–         Quoi?

Il fait pop!

–         Pop?

Exactement. Comme le champagne qui l’accompagne.

***

« J’m’en vas t’amener devant la mort
Quand la vie part
Voir si ton coeur battra d’amour
Encore » 
Silence – Fred Pellerin
 
 
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9 réflexions sur “Un bouton à la fois

  1. Même si toute forme de deuil doit faire l’escargot… y’a des moments, on aimerait que l’âme ait une fermeture éclair…
    Du soleil et des marguerites pour votre coeur.

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  2. Y a très très longtemps, un amérindien dégraffait la blouse en cuirette de son Grand Amour et caressait son ventre du dos de ses doigts. À la pleine Lune, les sentiments du chasseur-cueilleur.

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      1. Je suis comme une aurore boréale, je n’apparais que lorsque les bonnes conditions sont présentes…

        Je n’oublie pas ton blogue, je m’y reconnais, mais je ne sais pas encore apprécier tout tes écrits et les réactions de tes fidèles qui sont souvent tout aussi gracieuses que tes écrits.

        J’aimerais un jour avoir ta liberté ou l’audace d’exprimer comme toi avec les autres l’éternité de ce qui se passe entre 2 secondes d’insomnie la nuit.

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