Le taureau, le dauphin et le chimpanzé

2h12.

Il était une fois…
 

–         Ah non.

Dégage le raton, suis pas d’humeur à causer.

–         (Morphine?)

Il était une fois
une biche farouche qui se terrait dans la forêt nuit et jour.
Elle recherchait la fraîcheur de l’ombre
le moelleux d’un tapis de mousse
le silence de la terre
et cette paix que transmet un rayon de lune à minuit
à qui sait bien la regarder.
 
En ces lieux frayaient également un taureau,
un dauphin et un chimpanzé.
 
La biche croisa le taureau
alors qu’elle combattait fougueusement les griffes d’un loup.
Libérée de son prédateur
haletante
elle n’eût pas peur du taureau
malgré sa taille
malgré ses cornes.
 
Il l’apprivoisa lentement
affectueusement
lécha ses plaies
massa ses jambes
frêles
et réchauffa son cuir fin
sous sa fourrure d’automne
fine toison mouchetée.
 
Il était fort et courageux
patient et obstiné,
elle était fatiguée
têtue
reconnaissante et apaisée
à ses côtés
mais toujours farouche
si farouche.
 
Le dauphin
agile
gracieux
sociable et affectueux
croisait parfois son chemin.
 
Beau à voir ce dauphin,
elle ouvrait grand les yeux
à son contact,
agitait ses longs cils de biche
et s’abreuvait à son éclat.
 
Elle percevait bien l’électricité qui se dégage
d’un être touché par la beauté.
Elle aimait ce courant qui irradiait
jusque dans son petit corps de biche
quand il faisait des bonds autour d’elle.
Elle souriait sous la décharge
mais elle savait.
 
Elle savait que le frisson de la beauté est éphémère.
Et que le dauphin ne se déplace jamais sans sa bande.
Il vit en groupe
chasse en groupe
toujours avec ses semblables.
Alors qu’elle… si farouche.
 
Le chimpanzé la faisait rire
Ô bonheur,
rire jusqu’à l’oubli
déserter son repli.
 
Il était rusé ce singe.
Pas particulièrement mignon
mais dégourdi, vif.
Il solutionnait toutes les énigmes
toutes les embûches que posait la biche
pour l’empêcher d’infiltrer son refuge.
 
Il était coquet
malgré son faciès ingrat,
très investi dans le toilettage de sa fourrure
et la biche appréciait cette odeur de propreté
qui l’enveloppait.
 
Et puis
rire
quel délice, pensa t-elle.
Se fendre la pêche
même quand il pleut,
surtout quand il pleut
quelle détente.
 
Mais jamais elle ne laissait ses amis
fouler la tiédeur de sa couche.
Jamais les rigolades du chimpanzé
ne résonnaient entre les branches de sa tanière.
 
Ni la peau douce du dauphin
ni le dos large du taureau.
 
Personne ne savait vraiment
où elle couchait ses soucis
sur quoi
sur qui
elle se réchauffait la nuit
et se rassasiait
malgré la maigreur de ses flancs.
 
Les trois compères
épuisés par la course sans fin
de cette biche farouche
se retrouvèrent sous un grand chêne
un soir de printemps.
 
Depuis
ils ne se quittent plus d’une couille
boivent de grands vins
échangent des recettes de tartares
et font pousser des  fines herbes,
autonomes.
 
Quant à la biche
on l’a aperçue un matin bondir sur un sanglier
avec agilité
grande force
et l’égorger vivant
en riant.
 
 
***
« L’homme est une machine si compliquée que parfois on n’y comprend rien, surtout si cet homme est une femme. »  – Fiodor Dostoïevski
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10 réflexions sur “Le taureau, le dauphin et le chimpanzé

  1. Bravo!
    On ne prétend pas à la subtilité quant au sens des trois personnages du titre, et on n’a pas besoin de le faire quand c’est si bien raconté. J’aime.

    Et bravo aussi au commentaire de lissa juster…

    J'aime

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