Le mien

Chemin de roches
Tapis de boue
J’avance avec prudence
Je compte mes pas
Respire l’air froid
Baisse la tête
Pour ne pas répondre au pourquoi
Redresse le tronc
Pour ne pas tomber
Ne pas
M’abandonner
 
Maudite fierté
 
Chemin de croix
Sentier d’épines
La douceur prend parfois
De bien sombres avenues
Pour signaler ses couleurs
Et la chaleur
Mille détours
Pour toucher les cœurs farouches
Ceux qui craignent
Qui résistent
 
Fichue pudeur
 
Longue longue
Cette route
À flanc de lumière
Chaussée glissante
Où chaque faux pas
Me claironne
Puissamment
Que je suis bien vivante
Alors
Pourquoi chercher ailleurs
Traquer les raccourcis
Devant ce chemin d’orties
Puisque la vie
Passe par ici
 
Bienveillant soleil
Émouvant
Lorsqu’il point lentement
Comme un miracle quotidien
Fait briller les cailloux
Sur ce chemin tordu
Pavé d’inconnu
Truffé de questions
À chaque étape
Son épreuve
Sans directives
Son examen surprise
Sans réponse
 
Jamais de réponse
 
Maintenir la voie
Rêver parfois d’un chemin de mousse
Confortable sous les pieds
Rassurant
Comme celui du voisin
Avec des certitudes
À toutes les croisées
Comme fanaux de vie
Mais ce chemin n’est pas le mien
 
Je vois un pique-nique sous les bouleaux
Une main sur ma cuisse
J’entends des fous rires sur le lac
Des promesses d’étoiles filantes
Mais sous mes pieds
Rien
Rien d’autre que la brûlure de la lave
Et sur ma bouche
Le salé des larmes
 
Je n’y comprends rien à ce chemin
 
Il est parfait
On ne touche à rien
C’est le mien
 
Saleté d’égocentrisme
 
****
 
« Il y a un but, mais pas de chemin; ce que nous nommons chemin est hésitation. »
Franz Kafka
 
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8 réflexions sur “Le mien

  1. Intense et beau. Vous décrivez si bien ce chemin de roches que j’ai l’impression d’en avoir une petite dans mon soulier. Voici quelques marguerites. Souriez.

    – « Si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d’attente ».
    Gilbert Cesbron.

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      1. Ah voilà qui s’appelle mettre son émail en valeur. « Charmant », dirait le prince du même nom. Éclairez ma chère. Vous êtes faite pour la lumière. Au plaisir.

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  2. Ça me rappelle deux familles saoüdiennes, venues me visiter à la campagne.
    Z’arrivent en soirée et deviennent introuvables le lendemain matin même.
    Furent repérées, arpentant main dans la main, pieds nus sur l’herbe de ma propriété.
    Vêtues de djellabahs,
    l’orteil sondant autre que le sempiternel tapis tressé,
    le talon jalonnant la moiteur du sol,
    et la plante s’abreuvant de rosée.

    Votre plume m’est saisissante comme on chatouille un pied.
    Merci chère et si intense douce insomniaque.

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