Le léger, le lourd et le mou

Chaude nuit d’été. 3h11.

– Dis-donc, tu arrêtes de tournicoter sans cesse? Tu m’étourdis.

J’ai chaud.

– Ça t’apprendra à refuser la clim’.

Trop énergivores ces engins.

– Comme toi, oui.

De toute façon, c’est  bien de suer un peu. Ça élimine les toxines.

– Et le sommeil.

Ça donne envie de légèreté.

– Dans le sens de fine dentelle ma poulette coquinette?

Non. Dans le sens de anti-lourd.

– T’es pas à la bonne adresse, ma roche.

J’veux du léger, Guy. Léger, léger…Faut sortir de sa tête des fois.

– L’amour, c’est léger?

Jusqu’à ce que ça devienne lourd.

– Et c’est jamais toi qui rends ça lourd, hein ma bouilloire freudienne?

Évidemment. L’Homme a de ces habitudes, j’te dis…

– Lequel homme?

Je parle de l’Homme Générique ici.

– L’Homme Générique et la Femme Général… ennuyant. Dis-donc, t’as vu la craque là, au plafond? Le vrai plafond, pas ton crâne.

Tiens, par exemple, il réclame régulièrement des mises au point. Comme pour une voiture. Lourd.

– Signe que t’as la carrosserie qui ondule ou l’embrayage coincé.

 Il ne boit pas de thé.

– T’es toujours fatiguée.

Il ne lit pas. Sur du papier, j’veux dire.

– T’as un trouble d’opposition.

Il m’empêche de dormir.

– Tu l’empêches de méditer à la salle de bain.

Il n’aime pas les sushis.

 – T’as une haleine de sashimi.

Il cherche à analyser tout ce que j’écris.

– Tu n’écris rien de clair.

Il mange avec ses doigts.

– Tu réfléchis avec tes pieds.

Il parle sans arrêt.

– Tu ne l’embrasses pas assez.

J’peux pas passer ma main dans ses cheveux, il a peur de les perdre.

– Tu bouches ses tuyaux avec les tiens.

Il n’accepte pas la critique.

– Tu n’acceptes pas la sod…

GUY!

– La sodalité, p’tite baudruche. J’allais dire sodalité. C’est-à-dire camaraderie, compagnonnage. T’acceptes pas ça, hein?

Ouais… c’est ça… Bon, ça devient lourd.

– Et dur.

Je préfère le léger.

– Et le mou?

Euhmwouin.

– T’en as du mou ma vieille, t’en as à revendre. T’en as ici, puis là, puis…

Dis, t’as vu cette craque au plafond? Oulala…

********

« Le bonheur c’est tellement plus léger à porter qu’une existence raisonnable et convenable. » Alice Parizeau – Extr. : Les militants

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15 réflexions sur “Le léger, le lourd et le mou

  1. Oh oui d,accord pour de la Légèrrrreté! J,étouffe moi aussi ces temps ci…Je me suis levée à 5 heures du matin vendredi dernier pour arroser mes plantes…une bonne chose que je n’ai pas de voisins proches….
    Hier soir : remède léger avec mes girls:
    Baignade dans un lac et après on s’est rhabillée, mais juste le nécessaire(chemisette, kangourou, petit short ou jupette… Le maillot de bain tout mouillé et tout Lourd d’eau dans la serviette encore plus mouillée……Ça c’était pas mal léger et nous avons bien dormi

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  2. Allo insom
    Tes textes
    toujours fins subtils intelligents
    sens double sens triple sens quintessence
    les mots qui disent autrement
    que ce qui est écrit
    On va où comme ça si on s’ancre pas quelque part?
    Tu parles tu parles et ce Guy qui réplique tout le temps
    c’est vrai que ça devient lourd
    toujours ce Guy sans fond.
    tu as un beau sourire je te vois
    un haut fond ça te dis?
    où une barque s’échoue
    la terre en vue
    solide
    légère molle lourde c’est selon
    chaque jour à sa courbe
    Et le sexe
    toute cette voluptitude
    cette candeur
    cette moiteur exquise
    sens en effervescence
    toute cette légèreté
    tout ce bonheur sans raison et sans convenance

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  3. Bizarre comme vos blogs me font réagir ou comme poitrine de poulet (un seul morceau-bloc pour repas) ou comme céréales (plusieurs fragments). Aujourd’hui, « sors le bol et le lait Albert », ça va aller dans tous les sens…

    Le Léger, le Lourd et le Mou; Meilleur titre-tryptique depuis le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone.

    C’est vraiment à vous toutes ces dents ? Est-ce qu’on vous a déjà dit lors d’une panne d’électricité: « Souris s’il te plait, j’ai besoin de lumière ? »

    Merci pour « sodalité ». J’avais aucune idée. Et évidemment, c’est plus fort que moi; manifestation des membres de la CSN rue Sainte-Catherine mettons, et, en choeur: « So-so-so…sodalité ! » Scusez-là.

    Toute relation est un défi, surtout avec un « vrai gars ». S’il y a quelqu’un qui n’a pas de conseils à donner sur les relations hommes-femmes c’est bien moi. Ma vie à ce niveau vous ferait davantage rire qu’un recueil des meilleures blagues de Groucho Marx. J’ai parfois 12 ans d’âge mental dans l’art d’approcher une femme. Je pense toutefois qu’il faut toujours aller au bout de ce qui a été commencé. Un jour, un « vrai gars » vous apporte une boîte de Tim Bits pour la Saint-Valentin. Vous avez le goût de lui crier « Ben tiens mon Cro-Magnon, tu vas t’occuper du souper; y’a un sanglier qui courre dans le sous-bois, va donc nous chercher des steaks ! ». Le « vrai gars » voyez-vous… ah, laissez tomber. Vous lirez plutôt ma thèse universitaire quand elle sera prête. Titre provisoire: Le « Vrai Gars »; fondements et méthodes de compréhension d’un phénomène qui rouille. Et comme je vous aime beaucoup, je fais un spécial et vous en révèle un extrait; page 33, paragraphe 3, ligne 3: « … mais faut quand même pas s’attendre à ce que le « vrai gars » boive du thé ». Triste réalité, mais faut s’adapter sur celle-là. En attendant je crois qu’il ne faut jamais vivre avec des regrets. Il vaut mille fois mieux vivre avec des déceptions.

    Dire OUI à la légèreté est rarement un péché, ou alors, c’est dans le genre véniel édulcoré. S.V.P., je vous en prie, ne résistez pas à vos envies de légèreté.

    La phrase d’A. Parizeau: Le problème avec l’existence convenable et raisonnable, c’est son prix. Trop cher payé. Et quand on s’en rend compte, il est souvent trop tard. C’est pourquoi je radote toujours mon amour pour l’Imagination, la Créativité, la Folie Douce du Surréalisme et le deuxième degré des choses. C’est pourquoi je m’associe tant aux toiles peu raisonnables de Jacek Yerka par exemple. Je vais vous dire une des rares certitudes que j’ai sur la Vie: sur notre lit de mort respectif, nous aurons bien peu de pensées pour les moments raisonnables et convenables. C’est en pensant à nos excès qu’on partira en souriant.

    « De prendre la Vie sérieusement est la plus grande névrose humaine ». Sri Nisagardatta

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  4. Légèreté, liberté.
    Où souffle même un pendule, où râle le convenable.
    Où le drap frais scanne l’aura de mon corps.
    Tel un zeste qui éclate,
    tel un châle de Pauline Julien.

    Le bonheur, comme une âme désaltérée …

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  5. Lourdeur, l’esprit caniculaire.
    Où grincent les rails des vieux tracés.
    Où l’haleine est ammoniaque.
    Telle l’hantise du différent,
    telle l’éteignoire du rapporteur d’angle.

    La haine, comme semer des métastases.

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  6. Mollesse, la vie tranquille.
    Où le zen est magnétique.
    Où la danse suit le respir.
    Tel le front du chien qui caresse la paume de ma main,
    tel l’écoulement du vrai bonheur.

    Le grand amour, comme son mouvement : un doux taï-chi.

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