Bagage de nuit

Pour chaque insomnie
Un bagage de nuit
Une valise de rêveries
 
Il y a le baluchon des nuits d’orage
Lourd
Qui traîne anxiété
Culpabilité
Et tristesse
Il assombrit
Même le plus noir
Des ciels
 
Toujours je lui préfère
Le baluchon des nuits volées
Des joues empourprées
 
Je l’ouvre
Et y retrouve
Le bouquet de douces saveurs
Celles pour lesquelles
Je sacrifierais tout mon sommeil
 
Le sucré d’une sieste gourmande
L’épice chaude d’un sourire
Timide
Où brille ce petit trou invitant
Entre les dents du bonheur
 
Le salé de deux fossettes
Courbées 
Séduisantes
Que je croquerais bien
À l’instant
En guise d’apéro
Avec un pinot gris
Bien frais
Pour tempérer ma bouche incendiaire
 
Le frisson humide
D’une langue sur l’épaule
D’un nez qui gravit la nuque
Et atteint le chignon
Un bras tatoué qui enserre la taille
Et me soulève jusqu’aux étoiles
Jusqu’à demain
 
Le velouté d’un index errant
Qui compte les constellations sur mon visage
Une deux trois
Baiser sur le nez
Quatre cinq six
Encore un baiser
Sept
Oh Dieu faites qu’il y en ait mille!
 
Et puis il y a ce souvenir
D’exception
Celui de me sentir vivante
Une petite main dans la mienne
Quand je marche
Au rythme d’un enfant
Rythme vrai
Instinctif
Presque nocturne
 
C’est mon bagage de nuit
 
Je sais
Je devrais insomnier plus léger
M’évader moins
Dormir plus
Rêver mieux
 
Mais ça
Je ne sais pas
 
****
« Les souvenirs sont plus fidèles que les amis et les amants : ils reviennent nous voir lorsque notre âme grelotte toute seule. » Ferenc Mora
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15 réflexions sur “Bagage de nuit

  1. Comme tes mots résonnent bien dans ma tête…
    Que de voyages à faire et à refaire…
    J’aime aussi ces bagages chargés de ces souvenirs tous pleins de sensations délectables…
    Merci à toi…
    PS : J’espère que Guy se porte bien ! Il n’a rien dit 😉

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  2. J’aime. J’allais ajouter le quoi, mais parfois le minimum décrit mieux. Si vous écriviez des nouvelles, vous seriez Yoko Ogawa, ou quelqu’autre japonaise. C’est ça, vous écrivez à la japonaise. Vous faites du petit point au niveau du sol. Pour le cerf-volant que je suis, c’est une utilisation des mots que j’envie. On envie toujours un peu ce qu’on est pas, j’imagine.

    J’envie votre manière de peindre les sentiments, ce cisèlement qui brûle des aspérités et ne laisse que le coeur des émotions. Si un jour on se côtoie au comptoir des viandes quelque part, ce qui serait bien étonnant pour le végétarien que je suis, ne vous formalisez pas d’être observée un peu lourdement. Je voudrai juste goûter à plein cet instant où vous demanderez: « Je vais prendre 10 tranches de ceci s’il-vous-plait… 10 tranches minces… plus minces s’il vous plait… vraiment minces… en fait assez mince pour que je puisse lire au travers ».

    Le bagage de nuit, quand il est gris, rehausse la beauté des jaunes.

    « Il y a des jours où je ne fais pas mon âge, mais il y a des nuits où je fais le double ». Alexandre Breffort.

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    1. Zouk’,
      vous venez de me faire découvrir Yoko Ogawa, que je me suis empressée de « Googler ».
      Merci! Elle fera partie de mes lectures d’été.

      Quant au reste de vos commentaires, vous me faites plaisir, rire et rougir en même temps, tout ça avec l’envie soudaine de faire voler un cerf-volant tout près d’un comptoir de viandes minces… vraiment minces oui.

      Merci merci merci.
      Et si je peux rajouter ceci… vos mots n’ont rien à envier à ceux des autres.

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  3. Bonjour la belle qui reussit a faire danser les mots !

    Le frisson humide d’une langue sur l’epaule d’un nez qui gravit la nuque et atteint le chignon.

    C’est a ce moment qu’il faut s’emplir les poumons de l’odeur du corps de l’etre aime pour qu’a jamais elle reste graver dans nos memoires.

    Pour certaines personnes ce sont les yeux d’autre le toucher et pour certains autres le gout pour moi il n’y a rien qui marque ma memoire comme une bonne odeur.

    et rien ne me rebute plus qu’une mauvaise odeur !

    L’amour, c’est d’abord aimer follement l’odeur de l’autre. (Pascal Quignard)

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    1. Oh que je suis d’accord avec toi Gabriel.
      L’odorat est d’ailleurs notre sens le plus archaïque, le premier à se développer pendant la vie foetale… il porte donc en lui une myriade de souvenirs…
      Et oui, le désir – ou l’absence de – passe d’abord par le nez… 🙂

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  4. Tryptique jour-soir-nuit des sens.

    La terre, l’herbe, le patchouli du tissu.
    Le métal sucré,le sel houblonné, l’acide tatoué.
    L’acier, la guitare, le rond du genou américain.
    Le ballado-baladi, les grillons, l’approche du retour d’un seul Harley.
    Le jaune du bleu, le kaleidoscope violacé, le phosphène de l’aube.
    La carapace salariée, le grand de l’Esprit et le kharma sous hypnose.

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  5. Je te cite lors de notre dernier échange: Monsieur Émile, vous me chavirez à tout coup…fin de la cittion.
    Et tu es disparue à tel point que je me suis vu trucideur de talent unique, hon!
    Catouchka a fait une culbute dans l’eau et s’est occise comme ça, ouin!
    Puis tu es revenue en ligne et tu nous as parlé d’âme à âmes comme toi seule le fait.
    Ton âme est éternelle, pour le plus grand bien de l’humanité, j’aurais dû me souvenir…
    Bon été.

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  6. Apres un petit … non pas oubli mais absenteism , je me retourne vers vos nuits ou me semblerait-il que toute l’attraction qui en est emise s’en ressent , sa creation et ses pensees les plus profondes y sont comme malaxees , petries et que de sa forme dans la plus douce et sincere en nait vos emois qui nous nourrissent de facon reguliere.
    Vous m’abreuvez Catherine , non pas seulement que nous tous lecteurs fervent arrivons tres certainement a y retrouver un peu de nous meme dans chacun de vos ecrits mais leur beaute et amalgame magique nous font toujours voyager que ce soit le long d’un cou , d’une nuque pour en arriver au chignon , ou bien sur la roulette du hamster a y faire des gamineries sans egard pour autrui.
    Je m’en retourne a present a ma prochaine lecture dont il ne me sera tres certainement pas difficile d’en commenter les emotions alors ressenties….merci mille fois , tout de meme et d’avance , au cas ou mon incontrolable envie de commenter s’averait etre interompue par la sonnerie du facteur s’etant trompe d’adresse ou bien que le ciel m’etant tombe sur la tete (car nous les Gaulois…) detruisant alors le pied delicat de mon verre de vin blanc se tenant droit aux cotes de mon clavier, voyant alors fissure s’agrandissant , devenant plus large pour finalement en laisser place a la fuite de ce nectar venant se faufiller et griller tous circuit me permettant de me connecter a votre poesie
    🙂 merci et surtout, surtout , ne pensez jamais a prendre « sleeping pill » , j’en voudrais alors a vie a toute la pharma du monde de nous avoir alors retire un des plus grand plaisir que je considererais parmis les 7 « merveileux » plaisirs a ressentir dans sa vie ….qui est de vous lire

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    1. Daniel,
      vous me laissez sans mots… et c’est bien comme ça. Les vôtres sont si beaux que je préfère leur laisser l’honneur..

      Mais je dirai tout de même ceci:
      Mille mercis, c’est vous qui me nourrissez et m’encouragez à poursuivre.
      Et n’ayez crainte pour les somnifères – les sleeping pills – j’ai une peur terrible de ces petites pilules…

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