Le boa et le cobra

3 heures 12.

Le train du sommeil est passé vers minuit seize, alors que Guy dissertait sur l’impact du manque de sommeil dans le vieillissement précoce des organes.

C’était fascinant, j’ai donc raté le train. Depuis, rien à faire, je l’attends, je l’espère mais il ne revient pas.

–         Tout ça à cause de ton Bertrand.

Mais qu’est-ce qu’il vient faire dans cette histoire, le zouf?

–         Tu rumines du Bertrand.

Pas du tout. Je commence à sentir mon foie qui dégénère précocement. Besoin de sommeil.

–         Tu penses qu’il t’a oublié?

J’pense rien. Je veux dormir.

–         Il t’a oublié biquette.

Nan, c’est un boa…attends, tu verras.

–         Interdiction de faire entrer tout boa ou autre reptile carnivore dans cette chambre à coucher.

Si c’est un vrai boa comme je le pense, tu n’y verras que du feu p’tite bête. Tu seras digéré avant même d’être mâché.

–         Et toi?

Moi je le vois venir le serpent…j’en ai vu d’autres dans son genre.

–         Quel genre?

Mon cher Guy, dans la vie il y a deux types d’hommes. Les boas et les cobras.

–         Vachement émoustillantes tes catégories.

Le boa n’est pas venimeux mais il est fort.

–         Et le cobra?

Poison!

 –         Aïe!

Oui … poison comme dans passion.

–         Compliqué tout ça… tu sais que tu as besoin de 8 heures de sommeil par nuit pour être saine d’esprit?

Le cobra est futé. Mais il n’est pas patient…et pas particulièrement gros. Alors il a développé cette habileté à gonfler son cou pour paraître plus costaud aux yeux de sa proie.

–         La pauvre.

Il hypnotise, il charme, son regard désamorce toute espèce d’activité cérébrale qui permettrait à sa conquête de se méfier de cette langue fourchue.

–         Pfff, c’est pas un hamster qui se laisserait prendre.

Il a un pouvoir magnétique de séduction le bougre. Il en use, en abuse, envoûte et séduit sa Jolie très rapidement sans jamais cligner des yeux.

–         Les proies sont faibles à ton âge.

Et là, quand sa pâture est parfaitement ensorcelée par son regard de feu… Zoum!          

–         Il file?

Il pique.

–         Ah bon, Zoum c’est le bruit d’une piqûre… et ensuite?

Ensuite, on se retrouve dans la gueule du cobra avant même de connaître son signe astral ou de demander l’avis des copines. Et on justifie cette démence en se disant que c’est la passion, la flèche de Cupidon, la flamme de la déraison… on poétise, quoi.

–         Je vois que t’as pas toujours besoin de moi pour te compliquer la vie, fillette.

Mais le cobra se lasse vite… il a besoin de chasser, il est attiré par l’odeur des jeunes filles en fleurs, comme dirait l’autre.

–         Et le boa?

Le boa n’est pas venimeux. Alors il doit prendre son temps, miser sur le pouvoir de la pression douce.

–         Donc on le voit venir.

Parfois…mais certains sont très doués.

–         Pas très efficace comme technique de chasse et péchés.

Oh mais détrompe-toi petit hamster. Le boa est subtil, il s’approche à pas feutrés, puis arrête, attend…on croirait presque qu’il se désintéresse mais dans les faits, il avance toujours…s’enroule imperceptiblement, tout doucement autour de sa Précieuse qui n’y voit que dalle.

–         Pauvre greluche.

Et au moment que lui seul conçoit comme opportun, alors que le plus fort de son corps à lui a bien embobiné le plus faible de son corps à elle…

–         Il pique. Facile.

 Non. Il serre. Il étreint, empoigne, retient et embrasse.

–         Le cobra semble plus performant.

Le résultat est le même. La mignonne succombe à l’étau qu’elle imagine tout droit sorti d’un coup du destin.

–         Mais quelle bécasse!

Le boa mise sur le temps. Le cobra, l’effet de surprise.

–         Et tu penses que ton Bertrand est en train de s’enrouler?

Je pense… il y est allé de la tête pour l’instant…mais là…

–         Là…

Je sens que la queue s’en vient…

***

« Les femmes pardonnent parfois à celui qui brusque l’occasion, mais jamais à celui qui la manque ». Talleyrand.

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16 réflexions sur “Le boa et le cobra

  1. oh ! Bravo ! j’ai bien ri ! du début à la fin.

    j’t’ai dit déjà que je connais beaucoup de truc pour combattre l’insomnie, mais que l’envie de les partager avec toi disparait à la lecture de tes mots ? ;o)

    Dominique, cobra le matin, boa le soir… ça dépend de la souris je suppose…

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  2. Ah! Il y a un moment que je cherche cette citation de Talleyrand. Merci!

    Par ailleurs, intéressante théorie. J’en ai imaginé une semblable, ou du moins dans le même domaine, mais on parlait alors de chasseur et de trappeur, plutôt que de reptiles.

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  3. Ah! Guy mérite une baffe pour : « Ah bon, Zoum c’est le bruit d’une piqûre…  »
    Pfff, moi j’avais tout de suite entendu la piqûre. Il est vraiment de mauvaise foi.
    p.s. moi aussi mes organes dégénèrent bordel!

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  4. Je suis le plus cobra des boas.
    J’hypnose et j’endigue.
    Autour de l’Oeil, mon Cyclone.
    Entre mes crocs, qu’un sot-l’y-laisse.

    De trois emprises que vous ne départageriez.

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  5. Bon matin, bien dormi?

    definitivement un reptile dans ta chambre, au moment ou Guy te fait suer tu le change de cage… Insignifiant petit rongeur.

    j’ai bien ri et bien aime…Bravo

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  6. Je prend note de vos intéressantes définitions. On en sait jamais trop sur la perception féminine. Vous lire est toujours un plaisir. Boire une Newcastle quand c’est chaud, écouter Brassens en boucle, un nouveau blog… toutes dans la liste des assurances de quelques belles minutes à venir. Bonne nouvelle en passant: Je lisais encore tantôt l’avenir dans ma poignée de porte (en forme de boule) en crystal, et c’est confirmé: Ledit Bertrand s’en vient, queue de serpent et bonnes intentions incluses. Le meilleur du meilleur à vous donc…

    PS- L’association des âmes-nounours sensibles et colorées qui passent par Toronto pour aller à Ottawa et qui ne connaissent que la vitesse des soubresauts et l’approche anachronique et qui se justifient en affirmant que le feu d’artifice a le mérite d’être le contraire du commun sans surprise… voudrait savoir si vous placez les Pandas en périphérie de la famille élargie des Boa-tiens…

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    1. Les Pandas – adorables Pandas – sont une espèce en voie de disparition, Zouk’, dans une catégorie bien à part, où ils ne côtoient que leurs semblables…

      Le seul Panda rencontré dans ma vie ne rêvait que de Kung-fu…. Faut croire que je ne suis pas chanceuse…

      Merci pour vos bons mots Z. C’est un immense plaisir de se savoir lue par des fans de Brassens.
      🙂

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