Valse de nuit

Emmène-moi danser
Toute la nuit
Valser
Cabrioler
Onduler de la hanche
Petit tsunami de mouvements
Qui engloutit tout l’espace entre nos corps
 
Je mettrai ma jolie robe
Celle que tu aimes tant
Légère
Mes souliers rouges
Qui me font le pied mignon
Puis tu me feras tourner
Très vite
Oh oui
Je veux tournoyer à ton côté
Sentir ta main
Solide
Qui me guide
Et fait mon ciel tout bleu
 
Danser
Toute la nuit
Pour ne pas penser
Oublier
Que la Terre tourne mal
Fatiguée
Éclopée
 
Elle n’a pas encore trouvé
Cavalier assez patient pour l’écouter
La pauvre
Assez fort pour la soutenir
Assez galant pour lui laisser reprendre son souffle
 
Oublier
Les fausses notes d’un orchestre mal dirigé
Gouverné par la peur
Commandé par un chef qui
Sous sa coiffe impeccable
Craint la puissance de mon corps de femme
De ma tête de pioche
Qui cherche à en étouffer l’esprit
Sous les violons stridents et dysharmoniques
De son concerto pour or noir
Symphonie des ténèbres
Requiem pour la liberté
 
Liberté
De faire des entrechats à l’heure où dorment les gens bien
De succomber à la beauté d’une tête ébouriffée
Mais éclairée
De choisir mes armes
Puis chanter fort
Très fort
Pour décoiffer
 
Je n’enterrerai jamais l’orchestre
Je le sais bien
Mais jamais je ne tairai mon refrain
 
Alors le concert sera long
La valse
interminable
 
Mais peu m’importe
Puisque j’ai ma jolie robe
 
Danser
Toute la nuit
Chalouper
Se dresser
Désobéir
Jusqu’à la pointe du jour
Puis m’endormir dans tes bras
Ou pas
 
****
« Danser en temps de guerre, c’est comme cracher à la gueule du diable ». (Hafid Aggoune).
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10 réflexions sur “Valse de nuit

  1. Moi qui danse comme un chameau épileptique en syncope, j’ai toujours admiré les danseurs. Et bien plus les danseuses. Votre tableau allégorisant Harper (que je n’imagine définitivement pas en tutu) et son monde est finement dentelé. Des antithèses, les mouvements gracieux et les toupets qui résistent à tous les vents.

    Je conçois la démocratie. Je conçois que mon choix politique ne s’impose pas. Mais, parlons « humain » un moment… d’ignorer la Créativité, les belles pulsions de l’Imagination et de l’Intuition, est malheureux. De l’étouffer, c’est grave. C’est la plus belle partie d’un être ou d’une nation qu’on nie, se faisant. C’est pour ça que, comme le suggère votre pensée, il faut encore danser davantage quand l’air est lourd et l’éclairage est faible.

    Au sens propre, la valse, plus que toutes les autres, est la danse que j’aurais aimé maîtriser. Aaaaah, faire tourner Natacha Rostov au bal de l’Empereur ! Mais la génétique, qui m’a pourtant donné tous les bons morceaux aux bons endroits, m’a frustrée de ce talent. Il y a des mouvements qui semblent impossibles à mes pauvres pieds.

    – « Vous êtes gentille Mademoiselle d’avoir acceptée de danser avec moi »
    – « Je savais que vous m’inviteriez Monsieur »
    – « Ah, ça explique que vous soyez chaussée de bottes Kodiak avec des caps d’acier ».
    – « Je dois protéger mes orteils… »

    S’il fallait qu’on se croise une seule fois Dame Insomniaque, un jour lointain, sur le quai d’une gare, pendant 30 secondes, vous me feriez bien plaisir de ne prendre que 3 secondes pour une mondanité obligée; « Bonjour », et qu’on garde les autres 27 secondes pour un rapide cours sur l’Art de la Valse…

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    1. « …danser davantage quand l’air est lourd et l’éclairage est faible. »
      Bravo, c’est l’essence même de mon propos. Même que je suis presque un tout petit peu jalouse de cette jolie phrase….

      Pour ce qui est de l’Art de la Valse en 27 secondes sur quai de gare…je vous promets d’essayer.
      😉

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  2. ça m’a pris du temps, plus d’une relecture, avant d’avoir quelques compréhensions des idées, des musiques que je vois et entend dans tes mots d’aujourd’hui.

    c’est à cause je suis grand p-ê… tsé comme tout est plus lent chez les grands, à cause des long neurones. 😉

    je ne connais pas beaucoup les mots, ni la poésie qui enveloppe, enrobe, enrubanne les idées, les images ou les messages d’un texte. mais suffisamment pour entendre la musique et avoir très envie de danser.

    chalouper et entrechats… des mots nouveaux pour moi. des mots d’image de gestes. de très beaux mouvements.

    merci,

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  3. Ce soir, Party Woodstock.

    Parka afghan et patchouli.
    Chemise indienne ou bikini.

    Danser, chère insomniaque,
    la tête à l’été 69.
    Le temps hyperchondriaque
    où tout présageait le neuf.

    Ce soir, c’est moi qui traite.
    C’est moi le roi de l’ouïe.
    Un DJ à cassettes,
    un chansonnier et sa survie.

    Allons danser pour cette Terre,
    vôtre éclopée, mienne écarlate.
    Ce soir, un révolutionnaire
    s’éclate.

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