Marcher la nuit

Parce qu’il y a l’odeur du vent
Singulière
Chargée de toutes ces inhibitions relâchées sur le coup de minuit
Vent amnésique
Consolant
Qui désengourdit mon corps moulu de fatigue
Enlumine mes joues de désir
Et ordonne un chut! d’une simple décharge au visage
 
Parce que le silence de la noirceur n’en est pas un
On y perçoit la plainte des âmes seules
Derrière ces fenêtres où luit encore la lumière bleutée d’un écran
Retranchement douillet
Pour baiser l’ennui jusqu’en pleine nuit
 
On distingue les sanglots de la chair
Trahie
Pétrie de vieillesse et de longs hivers
La prière de ces mains jointes
Nerveuses
À l’heure où les poings se desserrent un peu
Et cherchent une peau à caresser
Simplement
Pour sentir un pouls sous ses doigts
Toucher la vie
Ne serait-ce que du bout de l’index
Même sale
Même quelques secondes
 
Parce que mes pas
Réguliers
Légers malgré l’encre du ciel
Ne mènent nulle part
 
Soulagement
 
Avancer sans direction
Marcher sans destination
Sinon que cette envie d’enfant gâtée
Arriver à ce face-à face avec moi
Au moment précis
Où le souvenir du premier baiser
Me monte en bouche
 
Marcher vers vous
Pour arriver à moi
 
Parce que je vous sais là
Même si je ne vous vois pas
 
Vous qui pleurez la fin d’une route
Qui tremblez à l’idée d’un bonheur encore obscur
Laissez-moi vous bercer un peu sous la lune
 
Et vous qui riez
La dent dorée
Les poches bien pleines
Mais le cœur sec
Le rire de l’impudent
De l’indécent
Qui ne sait pas encore que derrière la montagne
Il y a une autre montagne
Laissez-moi passer mon chemin
De grâce
 
Mais vous qui aimez
Vous qui dansez
Qui tenez bon la foi et la tendresse
Je marche la nuit
En quête de votre souffle
Pour y calquer le mien
En ralentir le trot
Et trouver l’apaisement
 
Oh oui
Marcher puis dormir
Peut-être
 
***
 
« Si tu cours, tu iras plus vite, si tu marches, tu iras plus loin. »
Alain Ayache.
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18 réflexions sur “Marcher la nuit

  1. Une dentelle de sentiment toute en finesse tressée. Je ne suis pas du genre jaloux, mais là vous me cherchez ! Si j’étais le sultan Haroun Al Rachid, je dirais à Sheharazade: « Pas d’histoire pour ce soir, s’il te plaît. La Noble Dame de l’Insomnie nous offre une autre mise à nue littéraire… va donc jaser avec ta soeur ».

    « Show, don’t tell ! » disait mon prof de littérature. Vous l’avez empoigné à deux mains ce principe là.

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    1. Quoi? J’ai déclassé Shéhérazade? (C’est Anne Létourneau qui ne sera pas contente…).
      Oh mais merci mon sultan, mille mercis que je vous agrémenterais d’une danse du ventre toute en voiles et cliquetis de nombril si je savais comment…
      Mais on a pas tous les talents faut croire….

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  2. Eh que j’ai bien fait d’attendre la pleine nuit pour lire ce billet dans le noir et le silence. Ce texte-là empoigne avec légèreté – ce qui est d’ailleurs impossible dans la vraie vie. Comme disent les anglos : encore!

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  3. Bonjour,

    Songe d’une nuit duquel je peux profiter lorsque je m’ennui.
    Songe d’une belle qui a tout coup m’interpelle.

    Merci pour cette jolie poesie.

    dort bien maintenant

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  4. Divine Catherine,
    Nul ne parle ici de ta symbiose texte/image. Et pourtant…
    Tu as agrémenté ton texte sublime d’une photo dans laquelle l’ombre qui se joue de la lumière, met en valeur ta nuque dégagée qui invite au contact d’une main chaude de tendresse et d’attention! À mon âge je ne puis aller plus loin sans être indécent.

    Mais qui es-tu donc? Le sais-tu toi-même, gardienne de tant de talents?

    Talents que tu développpes sans cesse et que tu partages ici trop généreusement/.
    À te lire, à te regarder, je me dis que la religion avait raison, les anges existent.

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      1. Une réaction plutôt inutile à la citation d’Ayache.

        Vos textes sont magnifiques. Comme quinqua, c’est l’abreuvoir de Jouvence.

        Je vous cite : »Parce que le silence de la noirceur n’en est pas un.
        On y perçoit la plainte des âmes seules
        derrière ces fenêtres où luit encore la lumière bleutée d’un écran
        retranchement douillet
        pour baiser l’ennui jusqu’en pleine nuit. »

        L’ai lu 10 fois …

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  5. Bonsoir,
    « Marcher vers vous pour arriver à moi ».
    Une phrase de plus en phase totale, nos souffles souvent se calquent.
    J’aime ces nuits où Guy semble endormi et ne brise pas vos élans, ne bride pas votre poésie…

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  6. j’ai lu ce texte plusieurs fois avant de pouvoir réagir…la première fois, j’attendais chaque nouvelle phrase, le souffle un peu court. La deuxième, je me suis dis que j’aurais bien aimé l’écrire, ce texte. La troisième, que si je l’avais écris, je serais passé à côté du plaisir ressentit à en faire la lecture.
    merci, gente dame.

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