La théorie du Mammouth

Trois heures dix.

–        T’as peur biquette?

Mais non.

–         Tu devrais.

Ça donnerait quoi d’avoir peur?

–         Ça donnerait une réaction normale face au stress : le combat ou la fuite.

Alors je choisis le combat.

–         Yeux grands ouverts en pleine nuit à fixer le plafond. C’est comme ça que tu te prépares à combattre, Rocky?

Je visualise mon Mammouth.

–         De quoi tu jacasses ma bécasse?

C’est la théorie du Mammouth, Guy.

–         Pitié, pas une autre de tes théories.

Oh oui. Elle mijote depuis des mois celle-là, je pense qu’elle est prête.

–         Du ragoût de Mammouth, humm.

Tu te souviens de ma théorie de l’autoroute? La vie est une autoroute sur laquelle on avance et…

–         Ouais suffit ! C’est à saigner du nez ton truc.

Eh bien en cours de chemin se planque souvent un Mammouth. On a chacun le nôtre, chacun son Mammouth de route.

–         Palpitant.

Évidemment il bloque le chemin ce quadrupède. Impossible d’aller plus loin quand le Mammouth de route se pointe. Et tu sais quoi?

–         M’en balance un peu.

Il y a des gens qui arrêtent d’avancer et qui choisissent d’ignorer le Mammouth. Tu te rends compte? T’as un Mammouth qui barre le chemin et tu fais semblant de ne rien voir.

–         Et alors?

Alors c’est la fin de leur route. Ces gens ne réalisent pas qu’en ignorant le Mammouth ils arrêtent d’avancer. Ils font semblant de marcher comme ça, pour montrer aux autres que les jambes bougent mais au fond ils tournent en rond.

–         Et puis?

Et puis c’est terrible. Tout simplement terrible de penser que ces gens ne sauront jamais ce qui se trouve derrière le Mammouth, le reste de leur chemin, quoi.

–         Hmmm.

Et tu vois Guy, le Mammouth eh bien il s’est pointé sur mon chemin.

–         C’est donc ça cette odeur…

J’peux pas l’ignorer tu comprends? Je préfère de loin ce combat à l’idée de vivre le reste de ma vie à l’ombre de mon Mammouth.

–         C’est bien ce que je dis, tu devrais avoir peur.

Non. Faut pas essayer de combattre un Mammouth par la force, Guy. Faut bien le regarder, l’analyser, comprendre pourquoi il s’est mis là, précisément à ce moment et à cet endroit. Et une fois que tu auras compris tout ça, tu sais ce que tu fais?

–         De l’insomnie?

Tu fonces sur le Mammouth.

–         Ouille.

Non justement. Pas ouille.

–         Pas ouille?

C’est la beauté de la chose. Dès lors que tu décides de foncer, le Mammouth ramollit.

–         Tu as encore bu du thé hallucinogène poupoule?

Crois-moi, c’est la richesse de cette théorie.

–         Docteur, c’est l’heure de la morphine!

Tu fonces et réalises que le gros Mammouth en fait, il t’apporte de la lumière. Plus tu fonces, moins tu as peur. C’est fort non?

–         Écoute-moi bien Marie Curie, tu ne racontes à personne d’autre que moi cette théorie, compris? Tu vas y laisser le peu de dignité qu’il te reste. C’est nul, naïf et limite schizo.

M’en fous.

–         Tu vas te faire immoler sur le bûcher des stupidités avec ce torchon.

J’veux pas vivre dans l’ombre de mon Mammouth, Guy.

–         Morphine! Et que ça saute!

Cette boule… là au fond du ventre, c’est pas la peur.

–         C’est ta fondue au fromage.

Non, c’est l’impatience. Hâte, Guy. Très hâte de voir ce qui se trouve derrière mon Mammouth.

–         Des crottes de Mammouth. Tout plein!

***

« Un pont jamais traversé est comme une vie jamais vécue. » Sagesse chinoise.

 

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25 réflexions sur “La théorie du Mammouth

  1. Et des fois, quand tu as réalisé c’est quoi le mammouth, ben tu te rends compte qu’au lieu d’être un obstacle, il se transforme en catapulte (genre il te ramasse avec sa trompe et te propulse par en avant!)

    Peux-tu avoir de la morphine, moissi?

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  2. Très beau texte. Je crois que c’est magnifiquement écrit et que ceux qui en ont besoin (…) s’inspireront bien du conseil. Fonce!! ça s’appelle aussi avoir de la vision; you have plenty!
    Zaz
    xxx

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  3. Goin’ out of my mind
    Don’t even know my own name half the time
    How’d I get so blind that I couldn’t see
    What was right in front of me?

    Wish I was wrong
    I wish that you were right here lyin’ in my arms
    Deep down inside I got to face the truth
    That you’re not comin’ home

    This love is over
    This love is over

    God knows I tried
    I did everything I could to keep you satisfied
    Bein’ my baby was just a part you played
    Like it was all some kind of game

    And just like a child
    Just like a child you got to have your way
    Nothin’ ventured, nothing gained
    Now there’s nothin’ left to say

    This love is over
    This love is over

    Baby, I know I’ll get along
    Sometimes you got to make it on your own
    It’s more than my pride that’s got me all tied
    Up inside, girl, it’s all the lyin’

    Guess, it’s time to close the door
    I don’t wanna cry anymore
    It’s just not worth fightin’ for this love

    It’s over, this love is over

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      1. Merci à toi d’avoir le courage d’exprimer tes états d’âmes sur la toile. On se sent moins seul quand on constate qu’on partage les mêmes angoisses, désirs, attentes, aspirations et réflexions d’un autre être.

        Cohen, Cioran, Ray Lamontagne et autres êtres authentiques, ça aide à passer le temps et calmer une âme, tout comme les réflexions que tu publies sur ton blogue.

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  4. Un plat de fraises des champs gorgées de chaud soleil, longuement cueillies une à une, de la grosse crème d’habitant saupoudrée de sucre du pays râpé fin, voila comment je reçois tes textes, une petite fête de l’esprit, généreusement servie, riche de ton imaginaire, pleine de couleur, pur fruit d’une créativité vivante et tellement savoureuse, naturelle, éclatante et éclatée! Bonne nuit….merci.

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  5. Si l’on marche vers le pont, c’est pour le traverser 🙂
    Guy tu dois nous couvrir un petit quelque chose, ta matiere grise est plutot raplapla.
    Ce sont des bulles qui manquent dans ta vie ou bien une petite Hamster female, aux long cils et la peluche douce.
    Oui tiens cela te ferais surement grandir plus rapidement, ou peut etre pas ! 🙂
    Mais certainement t’apporter un peu de positivite qui te manques un peu mon Guytou.
    Allez zou je file avant que l’on ne pense que j’essaye de m’accapparer cette page et en faire mon blog perso.
    Tu vois Guy ou tu nous entraines avec ta maturite , mais bon « innocence is bliss » alors de te lire nous ramene en arriere au temps ou les tracas n’etaient pas donc leger et amusant , merci A+
    A vous aussi Catherine 🙂

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  6. Bon samedi matin Cathou! J’aime bien cette théorie du Mammouth!!! et tant mieux si tu as hâte de voir ce qu’il y a derrière… ce qu’il y a? la vie quoi, avec toutes ses agréables surprises… Bisous, Mimi

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  7. Je lève mon café à cette réalisation: « plus on s’en approche, plus le mammouth ramollit ». Le problème ainsi créé toutefois, est que de tout près, le mammouth est tellement mou qu’il devient flaque de mammouth. Il faut donc savoir estimer précisément, tâche très délicate, quelle est la distance médiane idéale où le mammouth peut encore être assez mou pour ne plus faire peur et assez ferme pour qu’on puisse interagir avec lui. Cette distance, qui peut varier selon les gens, tourne autour de 11.11111 mètres. Le mammouth en fait, est une sorte de tofu préhistorique.

    Une chose est sûre en tous cas. Le drame, s’il y a drame, n’est pas la présence du mammouth, mais la peur illusoire qu’il impose.

    Je te souhaite la grâce de liquéfier ton mammouth.

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    1. Je viens tout juste de voir ton commentaire.
      Wordpress l’avait – Ô sacrilège – envoyé dans le tiroir des « indésirables »..?!

      Encore une fois, merci de me faire sourire.
      Quant à l’image du tofu préhistorique, je regrette tellement de ne pas l’avoir trouvé moi-même.
      😉

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  8. Ah c’est sûr qu’on vit tranquille, planqué derrière le mammouth : 37°C, de l’ombre, vitesse de croisière, c’est lui qui ouvre la route… Mais faudrait voir à ne pas s’y attarder trop longtemps !
    Merci pour cette image, elle me parle. Parfois je ne sais pas s’il s’agit tant de « comprendre » ce mammouth que de lui piquer les fesses pour qu’il se bouge !

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  9. En fait chère insomniaque je dirais que tu fais un bel exercice d’auto-psychanalyse en publiant ces billets sur ton blogue mais en même temps j’ai de la sympathie et de l’empathie envers toi car je sens que t’es une fille brillante, pleine de ressources et de talents qui cherche quelque chose qui devrait être très simple et à sa portée.

    et en ce qui concerne ton dernier billet sur le Mammouth, je te dirais qu’on est tous son propre mammouth qui bloque son chemin. Ce n’est pas une force extérieure mais bien une représentation de nous-même ce mammouth.

    Qui d’autre meilleur que soi-même pour savoir comment saboter désir, attentes et espoirs ?

    quel autre meilleur remède que la peur pour se réconforter dans l’inaction et la réflexion ?

    moi aussi je fais l’insomnie, et je sais ce que c’est mais je n’ai pas encore trouvé d’exutoire à ce doux calvaire.

    En fait j’envie ton courage et audace de pouvoir t’exprimer ainsi mais en même temps je ne comprends pas comment une fille comme toi n’ait pas trouvé chaussure à son pied… ou du moins un cordonnier à ses ordres pour lui confectionner chaussures sur mesure sur demande à vie.

    What if there was no light.
    Nothing wrong, nothing right.
    What if there was no time?
    And no reason or rhyme?
    What if you should decide
    That you don’t want me there by your side.
    That you don’t want me there in your life.

    What if I got it wrong?
    And no poem or song..
    Could put right what I got wrong,
    Or make you feel I belong
    What if you should decide
    That you don’t want me there by your side
    That you don’t want me there in your life.

    Oooooh, that’s right
    Let’s take a breath, jump over the side.
    Oooooh, that’s right
    How can you know it if you don’t even try?
    Oooooh, that’s right

    Every step that you take
    Could be your biggest mistake
    It could bend or it could break
    But that’s the risk that you take
    What if you should decide
    That you don’t want me there in your life.
    That you don’t want me there by your side.

    Oooooh, that’s right
    Let’s take a breath jump over the side.
    Oooooh, that’s right
    How can you know it when you don’t even try?
    Oooooh, that’s right

    Oooooh, that’s right
    Let’s take a breath jump over the side
    Oooooh, that’s right
    You know that darkness always turns into light
    Oooooh, that’s right..

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    1. Coldplay. Décidément, tes choix musicaux rejoignent ma palette.
      Très très beau, merci.

      Bien d’accord avec la notion d’auto-sabotage propre à l’humain. Nous sommes les artisans de notre propre Mammouth et nourrissons la bête grassement pour la maintenir en vie.

      Pour le reste, il ne faut pas trop s’inquiéter pour moi. Ma quête et mes angoisses se dissipent facilement dès le lever du soleil. Elles accompagnent mes insomnies mais déjà de les coucher sur papier et les voilà à moitié digérées.

      Merci pour tes commentaires, je me sens privilégiée de t’avoir comme lecteur.

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