Une brioche pour le lunch

Deux heures quinze. Croissant de lune.

–         Arrête de sourire comme ça, tu sais bien que ce n’est pas possible.

Je ne souris pas, je relaxe. Et oui c’est possible.

–         Niet.

Que si.

–         Fais pas l’idiote, ça te va trop bien.

Un homme et une femme peuvent très bien être amis sans aucune arrière-pensée, Guy.

–         Impossible. Et ton lunch demain avec ce Jules, c’est une grave erreur.

Un petit lunch amical, sans plus.

–         Qui te fait sourire comme une morue salée en pleine nuit?

Laisse-moi dormir.

–         T’as l’intention d’en faire ton deuxième mari?

Mais non, c’est un ami je te dis.

–         C’est ça oui, un ami. Et tu crois vraiment qu’il va luncher avec toi parce qu’il s’intéresse à ton opinion sur le gaz de schiste?

Il veut me faire découvrir un nouveau resto. Sympa, non? Le genre de trucs qu’on fait entre amis.

–         Bien sur. Et s’il te regarde la brioche chaque fois que tu te lèves, c’est qu’elle est au menu, c’est ça?

Arrête tu es grossier.

–         Tu es naïve.

Tu ne comprends rien.

–         T’as déjà vu des mâles et des femelles en pleine nature faire autre chose à deux que s’accoupler ou dormir? Nenni. Aucune activité commune autre que la galipette ma poulette.

Nous ne sommes pas des animaux, Guy. Nous sommes des êtres évolués qui savons transcender l’instinct pour agir en fonction de sentiments plus complexes, comme l’amitié, la complicité.

–         Le désir, oui.

Mais t’as vraiment la cassette coincée pauvre raton. Je te dis qu’un homme et une femme peuvent être en relation sans qu’il y ait désir.

–         Je sais, on appelle ça le mariage.

Méchant!

–         Tu ne penses qu’au plaisir, ma biche irresponsable. Tu nourris ton ego plutôt que ton esprit.

Pas vrai!

–         Tu laisses ton Ça prendre le dessus sur ton Moi.

Aah pitié, pas Freud.

–         Et je ne parle même pas de ton Surmoi que tu sembles complètement ignorer, comme une invertébrée attirée par la satisfaction immédiate de ses pulsions. Une crevette coquette, tiens.

Bla-bla-bla.

–         La raison et la passion doivent s’équilibrer, Marie-Madeleine. Mais là, tu chavires.

Un lunch, Guy. Juste un lunch. Où est le mal?

–  T’as envie de te faire embrocher dans la salle de bain sur le feu que tu t’apprêtes à allumer?

Tu m’épuises.

–         Ne démarre pas son moteur si t’as pas l’intention de partir en ballade.

Une voiture peut avancer même moteur éteint, tu savais? On laissera le vent faire son oeuvre.

–         Imprudente.

Oh Guy, il y a quelqu’un ici qui veut te parler.

–         Humm?

C’est mon Surmoi. Il fait dire qu’il part en vacances quelques jours et te demande de me foutre la paix d’ici là.

–         Chipie.

Te garderai nos restes de table, t’inquiètes.

***

« L’amitié est la forme éthique de l’éros ». (Francesco Alberoni) 
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4 réflexions sur “Une brioche pour le lunch

  1. Guy Guy Guy, fais quelque chose… serre-là dans ta fourrure !

    Quelques conseils à Jules Lunchovich;

    -Un peu d’animalité, ouais, elle veut bien, mais dans la gentlemanitude !!!
    – À proscrire: Rots, pets et fou rires qui font sortir du vin par les narines.
    – Sois « populaire » dans l’étalement de ta culture. Dis-lui qu’à chaque relecture de Guerre et Paix, tu utilises « Natacha Rostov » comme mot de passe pour accéder à un nouveau site internet.
    – Temps à accorder aux sujets suivants: Les Canadiens = 38 secondes (dont 35 sur le beau Carey Price), Maudit Jean Charest = 23 secondes… « Explique-moi les parfums du monde, les îles qui te font rêver et toi-et-l’amour en 10 exemples » = 45 minutes minimum.
    – Complimente l’inattendu. « T’as de beaux yeux tu sais », même si c’est vrai, Gabin est passé avant toi. Je suggère un petit émoi sur sa clavicule. À la rigueur un grain de beauté.
    – Lunchovitch: t’as le droit à 40% du temps de parole max ! Et encore, si tu parles pas de ton char…
    – Pas de tendresse, même oculaire, avant le deuxième verre de vin.
    – T’es pas Don Draper dans Madmen. Mets-en pas trop. Change pas de chemise entre la soupe et les pâtes.
    – Elle est jolie. Au lieu de lui dire, fais-lui sentir.
    – Souviens-toi de son « Ah pitié, pas Freud ». Alors fais comme si son inconscient n’avait rien suggéré dans son dernier courriel par l’utilisation des mots/expressions; « relaxe, un homme et une femme, pleine nuit, brioches, mâles, femelles, accoupler, galipette, désir, Sur Moi, passion, pulsion, embrocher… »
    – Au dessert, garde pour toi les trois phrases suivantes: C’est quoi ton signe ?, Est-ce que t’ habites seule et les draps sont propres ?, Ramasserais-tu la facture… me reste plus grand chose de mon prêt étudiant ?

    Bon appétit mon p’tit Lunchovitch.

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