Las Vegas

Elles s’enflamment à chaque coin de rue
Lumières vives
Polychromées et clignotantes
Irritantes
Elles nous empêchent de voir
Tellement leurs faisceaux portent loin
 
Dans le ciel de Vegas
Les étoiles se font pâles
Le sommeil se fait rare
 
Tant de lumière
Pour éclairer si peu
 
Peu de mystère
Pour habiller ces cieux
 
Enveloppé de mille néons
Qui comme les putes du boulevard
Ne trouvent sens que la nuit
Mon corps cherche chaleur
Mes yeux cherchent douceur
Mais de ces grotesques structures
N’émanent que prétentions
Ambition et luxure
 
Cette ville ne dort jamais
Elle nous anesthésie
Gourds sous son éclairage
Comme des oies qu’elle engraisse
D’illusions
D’insouciance et de convoitise
 
Dans ce désert profané
Les consciences tombent comme joueurs de Black-Jack
Les désirs foisonnent comme ces Elvis déchus
Et les minutes tournent au rythme calculé
D’une roulette chanceuse
Assoiffée de disgrâce
 
Vegas
Comme une femme qui refuse de vieillir
Cherchant à aguicher
Mais qui de ridicule s’habille
 
Plus elle se pare
Moins elle séduit
 
Victorieusement
Le regard tendre de certains amants de passage au-travers son jupon
Parvient à la rendre digne
 
Instantanément
Le chant de Cohen
Profond comme dix-mille baisers
En fait une souveraine
 
C’est alors que j’ai compris
Le temps d’un Halleluja
Et d’une valse à Vienne
Que même le désert du Mojave
Ne sera jamais aussi vaste
Que celui que je porte en moi
 
Que la puissance de ces jets de lumière
Jamais aussi grandiose que la couleur de ton feu
Aussi émouvante que le salé de ta nuque
 
Que c’est souvent en pleine foule
Que la solitude s’exprime le mieux
 
Cette nuit nous sommes des milliers
À piétiner les entrailles de La Fabuleuse
À ne pas dormir
Sourire
Mais je me sens bien seule à rêver
Au chant des oiseaux
 
À Las Vegas
Aucun oiseau ne chante
 
Et me voilà encore
Yeux grands ouverts
En plein cœur de l’abondance
À désirer ce qui n’existe pas
 
***
« It’s not a cry that you hear at night
It’s not somebody who’s seen the light
It’s a cold and it’s a broken hallelujah » ~ Leonard Cohen 
 
Publicités

10 réflexions sur “Las Vegas

  1. Ah là là ! Las Vegas ! L’un de mes plus beaux voyages a été une virée dans tout l’Ouest américain, eh bien j’ai eu le même écœurement que vous pour cette ville. A un point où ça vaut presque le coup d’y aller voir ! Juste comme ça, pour une plongée dans la décrépitude. Pustule au milieu du désert, avec le côté que vous décrivez : belle fleur attrayante la nuit, mais une fois le jour venu toute la pourriture surgit. Y étant arrivé en pleine après-midi du mois d’août, c’est par ce côté que j’ai commencé ! Air vicié, chaleur moite, odeur malsaine, types cradingues… Et dans les casinos, pas de « Dallas » ou de « James Bond » : plutôt des rangées de vieux, misère du quart-monde américain qui enfile ses jetons dans la machine depuis son fauteuil déambulateur… L’effet a été si saisissant que vers 17 h, j’ai renoncé à mon expédition, je me suis planqué dans un cinéma climatisé pour attendre la nuit, voir n’importe quel film, zapper, n’importe quel autre film.

    J'aime

  2. À Las Vegas
    aucun oiseau ne chante.

    J’en reviens justement et ton texte rejoint mon impression de l’endroit.

    Cette petite phrase, en elle seule, évoque finement l’angoisse provoquée par cette solitude désertique qui habite celui qui se donne la peine d’y penser un petit instant, au coin de la Strip et d’un hôtel ou un autre…

    En pleine nuit, ça devient presque insupportable.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s