A ta santé, Shakespeare!

2h30.

Je t’en veux, Guy.

Je m’ennuie de Roméo qui récitait du Shakespeare dans mes rêves.

Tu ne m’en as envoyé aucun depuis qui ont su le déclasser.

Je sais bien que je n’en ai pas voulu sur le coup.

J’ai toujours préféré les chimères amoureuses à la Garcia Marquez.

Mais il fallait que tu insistes un peu, Guy.

Tu me connais assez pour comprendre mes mécanismes de défense, quand même.

Laisse faire tes tirades sur la vie, la mort et la vieillesse.
Ramène-moi Roméo, s’il-te-plait.

Roméo qui récitait du Shakespeare dans mes rêves.
Tu ne visites plus mes insomnies? Qui donc fais-tu rêver à présent?

Guy t’a chassé de mes nuits parce qu’il savait que tu me faisais tant de bien.
Fichu, fichu hamster.

La première fois que je me suis blottie contre toi, j’ai senti que mon corps était à sa place. Qu’il était fait pour s’imbriquer dans le tien.

Il y avait entre ton épaule et ta clavicule droites un petit espace fait pour ma tête. Je le vois encore.

Jamais je n’avais posé mon visage sur un torse en m’y sentant si bien ancrée. Si aisément.

Quand j’ai passé mes bras autour de ta taille, le creux au bas de tes côtes en épousait parfaitement leur courbe, avec mes mains qui se joignaient dans ton dos comme en une prière finalement exaucée.

Mon ventre n’avait jamais connu une aussi douce caresse que celle que le tien lui offrait tout naturellement par cet enlacement.

Dans tes bras cette nuit là, je me suis sentie comme un bateau qui rentre enfin au port.

Et passent les nuits.

Et s’enchaînent les insomnies, comme autant de petits nuages qui nous font presque oublier qu’il y a déjà eu du soleil, ici.

Puis encore toi, encore ce cadeau de Guy qui te fait réapparaître dans le film de mes nuits.

La même attirance magnétique vers ce torse où je voyais presque encore mon empreinte. Je me suis regardée ouvrir les pans de ton veston aux poches lourdes et pleines. Mes bras ont retrouvé le sillon sous tes côtes, ma tête a regagné cet îlot de douceur près de ton épaule et mon ventre criait victoire.

Mon corps avait trouvé l’écrin qu’il attendait depuis toujours. Cet écrin parfaitement adapté à ses courbes, à ses angles, à son besoin de chaleur.

Puis plus rien.

Depuis, je sonde l’obscurité de mes nuits pour y déceler ta présence. Je cherche cet espace entre ton épaule et ta clavicule.

Il n’y est plus.

Mes bras s’ouvrent et étreignent une carcasse vidée de ta matière. Plus de sillons.

J’ai compris que l’écrin s’était refermé et que plus jamais mon petit corps ne s’y réchaufferait.

Guy ne te ramènera pas.

Mon cerveau le comprend déjà ce message, il l’accepte.

Cela prendra juste un peu plus de temps pour mes chairs, j’imagine. Mais ça viendra.

Aussi vrai que ce fantasme devait finir dans les larmes, ça viendra.

Alors si tu ne reviens vraiment pas Shakespeare, laisse-moi dormir. Fiche le camp, toi et tes fantômes.

Compris, Guy?

***

« Doute que les étoiles soient de feu, 
Doute que le Soleil se meut,
Doute que la vérité mente elle-même
Mais ne doute pas que je t’aime »
(William Shakespeare – Hamlet)

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4 réflexions sur “A ta santé, Shakespeare!

  1. t’as compris Guy ! Ou tu reviens hanter ses nuits en lui récitant des vers, ou alors tu te casses !
    Non mais des fois c’est t’y possible d’infliger telles douceurs pour en suite lui en priver !

    J'aime

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