Nuit je t’aime

 J’ai apprivoisé la nuit. Elle ne me fait plus peur.

Le silence de la ville n’en est pas vraiment un. La noirceur non plus.

Le vrai silence, le silence sourd et impitoyable de la campagne m’inflige mes pires insomnies. Celles où ma propre voix se fait si claire que je peine à la reconnaître comme mienne.  C’est la voix de l’angoisse qui me rappelle à mon état de mortelle.

État insupportable s’il en est un.

Je lui préfère de loin le silence nuiteux de la ville. C’est un silence agité, qui me conforte plus qu’il ne m’effraie.

D’abord il y a tous ces bruits familiers qui accompagnent mon éveil nocturne. Le ronronnement de la fournaise, le craquement des planchers, le sifflement du vent à travers les fenêtres mal isolées, le chant des enfants qui rêvent dans la pièce voisine.

Au loin la clameur des grandes artères et de l’autoroute me confirme que je ne suis pas seule à voir la lune. J’imagine la faune nocturne qui s’agite, grouille et remue les entrailles de cette pauvre terre qui jamais ne connaît de répit.

Combien sommes-nous ce soir à garder les yeux ouverts aux côtés de nos proches endormis ?

Qui êtes-vous donc, compagnons de pénombre ?

Je pense souvent à vous. Les heures s’écoulent-elles aussi cruellement sous vos yeux que sous les miens ?

Je vous imagine, je vous rêve et dessine vos ombres sur mon plafond strié par la trace du lampadaire qui s’infiltre lascivement telle une lumineuse caresse entre les lattes du store.

Je sens votre présence, lourde et enveloppante comme ce manteau d’obscurité qui me sied maintenant fort bien, qui tempère mes fièvres nocturnes autant qu’il les attise.

Le jour, je vis.

La nuit, je suis.

« Qui ne sait que la nuit a des puissances telles, que les femmes y sont, comme les fleurs, plus belles. » ~ Alfred de Musset

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4 réflexions sur “Nuit je t’aime

  1. Le jour a fondu, la nuit s’est répandue, c’est mon heure je m’évade. Je vadrouille, je furette, je me fais fouine.
    Parfois je ne trouve rien, voilà je rentre bredouille, endolorie qu’est-ce-que j’espérais, je me suis encore fait piéger. Seulement parfois récompense suprême je trouve et la nuit s’emballe. Une chanson, un ex qui aujourd’hui écrit des poèmes mais pas à moi quelle indiscrète. Un journal. Une lumière tamisée, une fenêtre ouverte sur la lune, un oreiller abandonné, des mains qui dansent sur un clavier. J’entre et je me sens bien, je partagerai bien un verre de vin. J’ai aimé les photos, j’aime tes mots.

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